La grande affaire de l'année financière qui s'achève aura été la crise des «subprime» aux Etats-Unis avec, en sous-main, une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c'est justement que l'année se termine; la mauvaise, ce sont les conséquences encore sous-estimées de cette débâcle qui risque de demeurer sur le devant de la scène au cours de l'année à venir.

Les mécanismes sous-jacents qui ont présidé à cette crise ont de quoi inquiéter: en un mot, des traders peu scrupuleux ont su tirer profit de la crédulité immobilière des plus faibles. Autant dire qu'ils ont mis à mal, par la même occasion, le rêve américain au centre duquel on retrouve encore et toujours la possession de sa propre maison.

Une telle débâcle s'est déroulée en trois étapes: dans un premier temps, on distribue de l'argent gratuitement, ou plutôt des hypothèques sans une mise de fonds personnelle.

Dans un deuxième temps, des «packages» de ces hypothèques sont constitués avec des obligations de premier ordre. Les grandes agences de notation (Moody's, Standard & Poor's) jugeant qu'il y a là une large répartition des risques, y apposent une note de crédit souvent excellente.

Enfin, tous ces produits, apparemment miracle, sont vendus à grande échelle à des institutions ayant pignon sur rue. Avec le temps, les plus démunis ne peuvent évidemment plus faire face à leurs échéances hypothécaires et leur maison est saisie. Suite logique, les obligations miracle ne trouvent plus preneur et leur prix chute.

La note finale de cet aveuglement collectif est salée: elle n'est pas encore quantifiée avec exactitude mais des chiffres en centaines de milliards de dollars circulent déjà. La facture est réglée dans un premier temps par les banques, mais le sera aussi par nombre d'investisseurs, soit directement, soit parce qu'ils détiennent des valeurs financières qui ont baissé en résonance depuis cet été.

Mais l'affaire ne va pas s'arrêter là. Sous forme de boutade, on soulignera que si les pays producteurs d'or noir bénéficient d'une rente pétrolière et que les Chinois disposent de la force de travail la plus compétitive au monde, les Américains demeurent les maîtres incontestés des déficits sans limites grâce au statut de monnaie de réserve dévolu au dollar depuis 1945. Pourtant, la Guerre froide est finie et l'Oncle Sam ne peut plus faire valoir la force de ses armes en contrepartie de ses déficits sans fin. Autant dire que la Chine et les autres créanciers asiatiques, qui ont fait attention de ne pas internationaliser leur propre monnaie, ne vont plus se contenter, soit de rester assis sur leurs énormes actifs en dollars qui se dévaluent tous les jours, soit de suivre sagement des exigences américaines devenues inacceptables. Plutôt que de réévaluer leur monnaie dont ils n'ont cure, ils voudront plutôt transformer l'essai et prendre le contrôle de grandes sociétés en Occident. Bref, un bien mauvais rêve pour les maîtres de la dette.

Grâce à la complexité des marchés financiers, les «subprime» auront fait illusion pour un temps. Mais ils pourraient bien se retourner maintenant contre leurs auteurs. Dans les turbulences à venir, les prochaines victimes se nommeraient alors instruments dérivés et autres produits structurés.