Acte III

– Camarades, l'heure est grave. La Grande Révolution informaticienne est en péril. Le soulèvement du cuirassé «Nasdaquine» a tourné court. Fedor Monetarovitch, il est temps de faire ton autocritique.

– C'est vrai, camarades, j'ai sous-estimé le ralentissement conjoncturel.

– Ce ralentissement, c'est toi qui l'as provoqué! Si tu ne t'étais pas acharné à freiner le soulèvement informaticien comme s'il s'agissait d'une vulgaire bulle spéculative! Regarde les résultats: les bastions de la Révolution vacillent les uns après les autres: Ciscomintern, Intel-ligentsia, sans parler d'Amazon rouge!

– Je le reconnais, j'ai été trop influencé par les schémas de l'Ancienne Economie.

– Tu as perdu le contact avec les masses d'investisseurs, voilà tout! Tu aurais besoin d'un petit séjour de rééducation comme analyste des mines de charbon.

– Calme-toi camarade! Ne nous laissons pas submerger par la volatilité. Ecoutons d'abord Fedor Monetarovitch. Comment vas-tu t'y prendre pour réparer ton erreur?

– Mais c'est déjà fait! J'ai abaissé les taux directeurs de 1% en un mois, et il y aura une nouvelle baisse en mars. Cela suffira, à part peut-être une retouche plus tard. N'espérez pas que les taux directeurs tombent en dessous de 4,75%.

– Quoi! Si peu, mais tu t'obstines!

– Tu oublies que nos ennemis inflationnistes ne sont pas vaincus. Heureusement, le fondement même de notre Révolution, la productivité, résiste bien à 3,4%. Mais la hausse des salaires reste trop forte à 3,9%, ce qui limite ma marge de manœuvre.

– Et alors? Tu retardes d'une guerre!

– Pas du tout. La consommation et l'immobilier résistent bien et vont réaccélérer d'ici quelques mois. D'ici là, la baisse des impôts aura été votée. Si j'allais trop loin, les taux longs remonteraient pour de bon. Ce serait mauvais pour la consommation et l'immobilier. Négliger ces facteurs, c'est compromettre la croissance. Ceux qui sont trop laxistes sur les taux sont les ennemis objectifs de la Révolution! Il ne faut pas se tromper d'analyse. La page du ralentissement conjoncturel sera bientôt tournée, avec la hausse des salaires, les réductions d'impôts, la baisse des taux longs à ce jour et maintenant celle des taux courts. La croissance n'est pas morte, vous verrez qu'elle atteindra presque 2% sur l'année et plus de 3% en 2002. Or, si la croissance résiste, les actions sont sous-évaluées. Il faut les accumuler. L'heure n'est plus aux lamentations. L'avenir est à nous!

Applaudissements.