La rechute des Bourses a trompé les espoirs d'une reprise rapide, et nombre d'investisseurs qui avaient misé sur celle-ci sont sur le point de capituler. Or, si la morosité actuelle exerce une influence négative sur l'activité économique, celle-ci n'en reste pas moins raisonnablement solide et pourrait surprendre les pessimistes par sa capacité à rebondir.

Les rapides ajustements à la baisse de la production industrielle américaine limitent les risques d'une accumulation trop importante de stocks. S'ils freinent la croissance actuelle, c'est au bénéfice de la croissance future. Plus ces réductions seront rapides et importantes, plus vite la production pourra réaccélérer. Car la demande ne faiblit guère: la création d'emplois se poursuit et les salaires progressent, plusieurs marchés de consommation résistent et les prix de l'immobilier restent soutenus, laissant la fortune des ménages américains quasiment intacte.

En outre, la marge de manœuvre des politiques monétaires et budgétaires est considérable. La Fed, mardi prochain puis en mai probablement, et la BCE, plus tard dans l'année, vont abaisser leurs taux directeurs. D'importantes réductions d'impôts entrent en vigueur en Allemagne, dans d'autres pays européens, et bientôt aux Etats-Unis. Les investisseurs ne paraissent pas vouloir revenir en Bourse avant de toucher du doigt des signes de reprise plus manifestes, mais ils ne devraient plus attendre longtemps: les statistiques devraient s'améliorer dès le deuxième trimestre, et le redémarrage s'imposer de manière plus flagrante en seconde partie d'année, d'où un tracé ressemblant à un «V» comme cela s'est si souvent produit par le passé. La remise en question des perspectives bénéficiaires n'est pas tout à fait terminée, mais dans tous les cycles précédents, le cours des actions a amorcé sa remontée bien avant que les bénéfices ne réaccélèrent. Même sur les prévisions actuelles, les principales Bourses mondiales sont désormais sous-évaluées; les excès des quatre dernières années ont été effacés et l'on commence à exagérer dans le sens opposé. Qui plus est, la valorisation des grands titres de la technologie est revenue en ligne avec celle des autres secteurs. Alors qu'il n'est pas même certain que le ralentissement actuel s'avère durable, la baisse de l'indice S & P, sans parler du Nasdaq, a d'ores et déjà égalé voire dépassé l'ampleur observée avant chacune des récessions de l'histoire récente. Il y a donc tout lieu, aujourd'hui, de se réintéresser aux actions, à condition de rester bien diversifiés en termes géographiques et sectoriels, technologie comprise.