La crise de foi chez les investisseurs est importante. Alan Greenspan, l'ex-dieu Financia, ne sait plus convaincre les marchés. Certes, sa politique monétaire ne semble pas assez agressive pour lutter contre l'érosion de la confiance. Mais ne perdons pas de vue qu'à l'inverse de Wim Duisenberg, affecté par le syndrome de la Bundesbank, le président de la Réserve fédérale a, lui, opéré en très peu de temps un retournement brutal de sa politique. On ne peut donc critiquer sa flexibilité face à la détérioration économique. Mais il faut accepter l'idée que la solution aux maux américains se trouve désormais dans les mains de la politique budgétaire.

Lutter contre un excès de l'offre et une déprime post-bulle en abaissant les taux d'intérêt, cela ne suffira pas à relancer durablement la demande. Si le programme budgétaire de réduction de taxes de George W. Bush peut donc paraître excitant dans ce contexte, la redéification n'est pas gagnée d'avance. Comment réagira le consommateur américain, grevé par un taux d'épargne négatif et rendu frileux par un taux de chômage qui va exploser? La baisse des impôts ne servira-t-elle pas simplement à reconstituer l'épargne? Ne vaudrait-il pas mieux appliquer un programme de dépenses publiques visant à stimuler la demande?

Clin d'œil de l'Histoire: il y a dix ans, les Japonais s'étaient également trompés d'objectif dans la relance budgétaire. Ils s'étaient focalisés sur des programmes de dépenses publiques inutiles, alors qu'il aurait fallu forcer le consommateur nippon à dépenser son épargne. Les choix de politique économique sont donc peu clairs et le danger d'enlisement au deuxième semestre fait grandir le risque d'une relance par les exportations, stimulée par une dévaluation du dollar…

L'environnement est donc morose. Mais la fin du monde, c'est seulement pour après-demain. Aujourd'hui, la sous-évaluation des marchés présente des similitudes avec octobre 1998, janvier 1991, voire octobre 1987. La phase d'exagération est en cours et lorsque les marchés prennent froid, il faut laisser monter la fièvre acheteuse! Inch'Alan!