Que cache la démission en bloc des administrateurs de SAirGroup? Tout simplement, la vente de Swissair. Une solution cohérente que mes journaux favoris du week-end, occupés à choisir des phrases chocs, n'ont pas encore mentionnée. En bonne logique, il est peu probable que les administrateurs démissionnaires aient agi en amateurs. Héritiers de dynasties industrielles et financières du pays, certains partants ne peuvent se permettre de telles fautes de goût. Le communiqué sibyllin qui affirme que «nous assumerons nos responsabilités et mettrons tout en œuvre pour assurer l'avenir de l'entreprise et de ses collaborateurs» peut donc être pris au pied de la lettre. Les sortants doivent avoir obtenu l'aval des détenteurs de gros paquets d'actions pour se préparer à lâcher le pôle aérien du Groupe aux moins mauvaises conditions possibles. On notera aussi que le seul à ne pas démissionner est Mario Corti, le financier, celui dont le repreneur a absolument besoin pour assurer une transition en douceur.

Cela dit, le cas Swissair a un mérite. Il met à nu les fantasmes de ce pays qui doit faire face à des problèmes complexes auxquels il n'était pas habitué. D'abord Sabena (Such A Bloody Experience Never Again) né de l'échec des votations sur l'EEE en 1992. Le non à l'Europe a un prix et les naïfs qui ont cru qu'il était possible, comme toujours, d'avoir le beurre et l'argent du beurre doivent commencer à déchanter. Un petit pays isolé doit raisonner «niche» et ne peut plus prétendre faire jeu égal avec des blocs intercontinentaux dans le transport aérien.

Ensuite et surtout, l'absence de vision réaliste. Que penser en effet du consultant américain McKinsey, le créateur du concept Qualiflyer qui vient d'exploser en plein vol? Amené par un membre du conseil, banquier et ancien consultant lui-même, ce cabinet d'audit va facturer à prix d'or une étude qui confond des avions en papier avec des vrais… Face à de tels génies, Philippe Bruggisser, la coqueluche des Romands, apparaît presque fréquentable.

Enfin, le poids d'un avenir mal anticipé. L'immobilisme des dirigeants du Groupe dans les années 80, occupés à choyer des pilotes ultraprivilégiés plutôt que leurs clients, aura été une calamité dont les métastases, aussi prévisibles qu'inévitables, émergent avec force aujourd'hui. La récente chute de Moritz Suter doit être mise dans cette perspective-là et augure mal du nettoyage à venir que tout repreneur va devoir mener à bien chez Swissair .