Décidément, des marchés financiers orientés à la baisse nous offrent un remarquable miroir des contradictions humaines. Car entre l'ego et l'argent, le choix n'est pas facile. Et encore moins nouveau: en confrontant le pouvoir à la vérité, les auteurs classiques ne faisaient déjà rien d'autre.

Les faits sont simples: depuis le début de la baisse des Bourses mondiales en mars 2000, les portefeuilles d'actions dits équilibrés ont perdu un quart de leur valeur; quant à ceux qui s'orientaient vers la croissance, on préfère purement et simplement taire les chiffres de peur de toucher des niveaux de douleur psychique qu'il est inconvenant de laisser apparaître dans un monde policé.

Pour l'instant, le consensus espère encore que les grandes valeurs remonteront avec le temps. Or, les règles élémentaires de l'arithmétique rendent un tel pari singulièrement difficile, puisqu'il faut au minimum doubler la mise lorsque l'on veut retrouver le prix d'achat d'un titre qui vient de baisser de moitié. Et dans le cas de valeurs qui font autorité comme Cisco ou Alcatel, les chiffres sont encore bien pires…

Mais le déni va plus loin, n'hésitant pas à faire appel au vieux concept biblique du bouc émissaire. Cette fois, le doigt accusateur pointe vers une petite minorité de gestionnaires indépendants qui affirment que le contrôle permanent du risque prime sur les paris à long terme. Affublés du nom générique, le plus souvent mal compris, de hedge funds, ces spécialistes n'ont qu'un défaut: ils sont minoritaires et organisés en réseau plutôt qu'en grandes structures. Quoi de plus normal en conséquence si ces dernières, face à leurs clients, brandissent le peu d'arguments qui leur reste, à savoir celui de la sécurité! Se contentant d'analyses bâclées, la presse économique en rajoutait récemment en affirmant que ce type d'investissement ne tenait pas ses promesses et que les risques encourus y étaient largement sous-estimés.

Chiffres en main, la réalité est différente. En un mot, et depuis mars dernier, un ensemble très représentatif de hedge funds n'ont certes gagné que des sommes marginales, mais là n'était pas le débat: l'essentiel était de ne pas perdre d'argent. Et ce pari fondamental a été tenu.

Lorsqu'une menace d'ordre sécuritaire se précise, l'être humain recherche la protection du plus grand nombre. Pour l'instant, ce principe s'applique aussi à la Bourse. Mais face à ces divergences de plus en plus grandes, le client va-t-il accepter d'endurer encore longtemps l'inconfort de sa position?

fgillieron@delman.ch