«Amazon est promis à un bel avenir: lorsque ce titre aura encore perdu la moitié de sa valeur, Wal-Mart le rachètera et complétera du même coup son réseau à merveille» affirmait récemment, sans doute avec raison, un grand gestionnaire new-yorkais. Quelle sera l'épitaphe de la valeur emblématique du Net? Pour les livres d'histoire, on notera que les premières références au Web datent de novembre 1993 et que l'envolée du nombre de ses utilisateurs remonte à 1997.

Il reste cependant à écrire la part de responsabilités que portent les marchés financiers dans ce gigantesque jeu de l'avion qui a entouré la mise en Bourse de toutes ces valeurs de la Nouvelle Economie. Et elle n'est pas moindre. Car sans même parler des «dot-com» à proprement parler, les accidents et autres implosions de toutes sortes s'accumulent d'une manière inquiétante dans le secteur. Le dernier crash en date aura aussi été le plus gros: le mois dernier, suite à une annonce de résultats un peu en-deça des prévisions, l'action Nokia perdait près du quart de sa valeur en quelques minutes; en chiffres absolus, la moins-value s'élevait à 60 milliards de dollars; une somme pharaonique qui appelle quelques questions. D'abord, combien d'années d'efforts aura-t-il fallu à l'équipementier finlandais depuis sa création pour que la valeur de sa société atteigne la capitalisation perdue en quelques minutes le mois dernier? La réponse est simple: il y a un an, Nokia valait beaucoup moins que 60 milliards…

Par ailleurs, à quoi servent les analystes financiers? Car à voir les coups de barre inexplicables que s'offrent les Bourses, force est de constater que leur rôle se limite au mieux à une fonction de faire valoir, à mi-chemin entre l'information et la propagagande. A leur décharge, ils sont victimes d'un phénomène nouveau, plaie du monde on line: l'information financière livrée en continu par des chaînes de télévision telles que CNBC, la nouvelle poudre blanche des boursiers. Le principe est simple: inondez jour et nuit le monde d'informations parcellaires, voire inutiles. Affirmez que vous êtes incontournable mais évitez toute synthèse qui permettrait à l'auditeur de discerner l'important du futile.

De la sorte, vous parviendrez encore à accroître la confusion, votre but ultime. Vous avez gagné: il est désormais devenu facile de manipuler vos téléspectateurs qui réagiront à coup sûr selon leurs émotions du moment, bref comme de vrais moutons de panurge.

* fgillieron@delman.ch