Si l'on en croit certains, ce mois qui commence promet d'être chaud pour les marchés financiers; un krach boursier serait même imminent. Mélange de vieilles craintes millénaristes et d'analogies aussi faciles qu'invérifiables, ces rumeurs incarnent bien toute la subjectivité que constitue le monde boursier pour qui pourtant, même après les pires désastres, il existe toujours un jour d'après; autant donc y penser.

Le plus surprenant dans l'intervalle, c'est l'asymétrie qui existe entre les cycles de hausse et de baisse des marchés financiers. Tant que la hausse prévaut, tout va bien: les analystes savent trouver les arguments nécessaires pour flatter les optimistes qui, par nécessité aussi matérielle que philosophique, ne veulent croire qu'à une poursuite de la hausse des Bourses. Par contre, lorsque la baisse survient, rien ne va plus. Expression d'une discontinuité, un krach boursier ne peut pas en effet être appréhendé par la pensée linéaire qui caractérise le plus souvent nos raisonnements. En d'autres termes, nos mécanismes habituels d'analyse, lorsqu'ils s'appuient sur une causalité par trop simpliste, sont inopérants en cas de crise.

Pour surmonter un tel handicap, il existe toutefois quelques indicateurs qui ont fait leurs preuves. L'un d'entre eux relève de la psychologie des foules et rappelle que l'avis du plus grand nombre est le plus souvent faux. A ce titre, l'inquiétude actuelle qui a gagné de nombreux investisseurs et qui les a poussés à vendre parfois la totalité de leurs titres, représente un indice positif à cet égard. A l'inverse, le fait que l'AVS ait récemment décidé d'investir en Bourse doit être lu comme une indication négative car ce n'est pas le rôle d'une telle institution de prendre des risques boursiers à court terme.

Autre repère utile, la liquidité. Signe avant-coureur de grande importance, celle-ci représente une indication d'autant plus précieuse qu'elle ne peut être ni modifiée, ni falsifiée aisément. Les esprits chagrins diront que les Banques centrales ont beaucoup fait récemment en la matière. Ce n'est que partiellement vrai car l'économie postindustrielle nous ramène à une culture de fonds propres, de plus en plus indépendante du crédit bancaire. De plus, les courbes démographiques actuelles parlent en faveur de flux d'épargne abondants car la génération des baby boomers va continuer, dans les années qui viennent, à produire plus qu'elle ne consomme.

Dans ces conditions, et après les inévitables turbulences estivales, il y a fort à parier que la fuite en avant des meilleures Bourses mondiales se poursuive à moyen terme.

* fgillieron@mestral.ch