Les débats passionnés relatifs aux rendements du deuxième pilier apparaissent comme un parfait raccourci des malentendus qui sous-tendent le métier de la finance. Une telle problématique est complexe; mais comme tout le monde se sent concerné, chacun n'a de cesse de faire prévaloir ce qui n'est le plus souvent que ses intérêts immédiats.

D'abord, on oublie de rappeler que le taux minimum de 4% remonte à une décision de 1985, lorsque le taux des obligations de la Confédération se montait à 4% et que les actions étaient virtuellement absentes des portefeuilles de retraite. En soi, le fait de fixer un chiffre dans la loi était aussi imprudent qu'inutile puisqu'aucun autre pays ne l'avait fait auparavant. Quoi qu'il en soit, les années de vaches grasses ont largement profité à de nombreux cotisants à qui furent distribués les excédents d'alors. En outre, ce taux intouchable de 4% est aussi à lier avec celui de l'inflation, dont le niveau n'a cessé de reculer depuis ces années-là. A ce titre, la baisse du taux technique à 3,25% se justifie puisque ces mêmes obligations de la Confédération se traitent désormais en dessous de 3%. On devine donc que certains acteurs comme les assurances, qui se sont engagés par contrat à certains résultats, sont déjà confrontés à une situation inconfortable.

Par ailleurs, l'obsession des couvertures de 100% laisse pantois. Car il est évident que l'on peut vivre pour un temps avec des déficits techniques. Il ne s'agit en effet là que de jeux d'écritures comptables et non pas de lingots d'or enfermés ou retirés d'un coffre.

Il n'empêche: la tentation est grande, pour certains gérants qui ont vu leurs réserves fondre comme neige au soleil ces deux dernières années, d'augmenter aujourd'hui la part actions dans l'espoir de profiter d'un éventuel rebond. Mais une Bourse faiblarde et l'absence de transparence de nombreux intervenants laissent craindre à nouveau de mauvaises surprises. D'autres responsables, au contraire, envisagent de réduire leur part actions.

Malgré des critiques qui fusent de partout, force est de reconnaître que la Suisse s'est dotée d'un système mixte, assez efficace. Ce dernier doit permettre, bon an mal an, de tirer un rendement proche du marché obligataire et, à la marge, de celui des actions. Mais a contrario, il est exclu, pour ne pas dire naïf, d'imaginer que les rendements du deuxième pilier puissent être garantis sur la durée par une simple décision politique. En bref, nous nous trouvons là au cœur de la problématique minant nos démocraties qui ont pris pour seule habitude d'exiger toujours plus.