Vous voulez que la Bourse se remette de sa morosité actuelle? Il suffit d'enlever un mot du communiqué de la banque centrale américaine qui justifiait jeudi dernier le nouveau tour de vis monétaire. En mai, le FOMC, bras séculier de la Fed, indiquait que sa volonté à hisser davantage les taux dépendrait «fortement» de l'évolution des perspectives économiques. Traduction: à nouveaux signes d'inflation, nouveaux durcissements monétaires. Dans le dernier communiqué, «fortement» a disparu. Du coup, les investisseurs en ont déduit que cette hausse était probablement une des dernières. Vraiment?

La disparition de ce mot ne remet en rien en cause la détermination de la banque centrale à vouloir contrer la menace, supposée ou réelle, de l'inflation. Stricto sensu, le nouveau communiqué laisse supposer que l'importance des données économiques est moins forte qu'avant. Cela pourrait ouvrir la porte à des hausses préventives que la seule crainte de l'inflation justifierait. Ou encore, à une simple volonté du nouveau président d'asseoir sa crédibilité de vrai faucon, attendu que les colombes ne sont pas pour durer au sein des banques centrales. Mais le réel danger de voir de futures hausses de taux aux Etats-Unis, ou en Europe, est ailleurs.

Le durcissement des politiques monétaires, un peu partout, se justifie bien plus par la volonté de juguler le recours massif au crédit que par une menace d'inflation. Cette dernière ne peut être que modérée et cyclique à l'ère d'Internet et de la globalisation. Le problème réside dans le fait que les pays de l'OCDE (principalement les Etats-Unis et l'Europe) ne contrôlent que 20% de l'offre mondiale de liquidités. Les 80% restants émanent des pays émergents, Chine en tête. Pour éviter que leur monnaie ne s'apprécie face au dollar, boom des exportations oblige, ces pays ont accumulé des réserves de change colossales, dont une large partie est réinvestie en obligations américaines. C'est ainsi que les taux longs américains sont maintenus à des niveaux nettement inférieurs à ce qu'ils devraient être eu égard à la politique de la Fed. Or, ce sont les taux longs et non les courts qui sont déterminants pour la conjoncture. Ainsi, les 3/4 des hypothèques aux Etats-Unis sont fixes, insensibles aux hausses des taux courts. C'est un excès d'endettement et non d'inflation qui grève l'économie américaine. Malheureusement unique, le médicament des taux administré par la Fed est peu efficace. Le danger d'augmenter la dose jusqu'à celle de trop est réel.