La baisse de 12% de l'indice mondial des actions (exprimée en francs suisses) l'an dernier envoie 2000 rejoindre 1973, 1974, 1977 et 1990 dans les tabelles au rang des années noires. Je constate au passage que les mauvais scores boursiers des trente dernières années ont été à chaque fois réalisés dans un contexte de choc pétrolier.

Si l'année 2000 fut négative pour les investisseurs, elle le fut également pour les analystes financiers. Wall Street a clairement démontré dans quelle dérive la profession est entrée au travers de la qualité du travail et des recommandations des analystes des grandes banques d'affaires, aujourd'hui la plus grande population dans le métier: prévisions de bénéfices fantaisistes, invention de modèles d'évaluation loufoques, absence d'esprit critique… La réalité est que ces analystes ne sont plus rémunérés par le flux d'ordres de transactions, mais par les banquiers d'affaires qui orchestrent les fusions, acquisitions et autres mises sur le marché. Ce segment d'activité est largement plus rémunérateur que le «brokerage» traditionnel où les commissions ont été divisées par 10 en moins de vingt ans.

La crédibilité des recommandations a largement disparu dans la mesure où les «codes de vente» ne peuvent plus exister dans un monde où il faut plaire à l'entreprise couverte – pour qu'elle entre en affaires avec la banque – plutôt qu'à l'investisseur qui utilise la banque pour son conseil et ses transactions. Comment justifier dans le marché baissier de 2000 que seulement 1% des recommandations des analystes soient à la vente?

Les règles de déontologie de la profession sont gravement blessées par ce genre de comportement, car l'indépendance d'esprit et de travail de l'analyste ne peut plus être garantie. Les autorités boursières américaines semblent s'en être émues et observent désormais ce phénomène avec plus d'attention. Si cette dérive est particulièrement marquée aux Etats-Unis, elle est également bien présente dans le reste du monde. Une place plus enviable semble se dessiner pour des bureaux de recherche indépendants, pour lesquels les clients devraient accepter de payer des commissions plus élevées afin de rémunérer adéquatement un travail de qualité.

J'attends également la réaction de certains analystes qui n'acceptent plus que les règles et devoirs élémentaires de la profession soient pareillement bafoués. Lorsque les grasses rémunérations des opérations de banque d'affaires diminueront, certains analyseront avec plus de lucidité les dégâts à la crédibilité de la profession occasionnés par la dérive des dernières années.