Les milieux financiers s'attendaient à un rattrapage de la Bourse américaine en 2006. Pourtant en ce début d'année, l'Europe reste devant. Tentative d'explication: acculée à un rôle de composition, la BCE s'est montrée plus passive que son homologue américain en maintenant des taux bas sur une période relativement longue. La remontée de l'euro face au dollar de 2002 à 2004 s'est produite alors que les taux américains sont tombés en dessous des taux européens, atténuant ainsi l'impact de la hausse du prix du pétrole sur l'économie. Mouvement monétaire qui s'inverse de façon mesurée en 2005, alors que les taux américains prennent l'ascenseur dès 2004 favorisant dès lors la capacité d'exporter de l'Europe. Un climat favorable à la Bourse. Aux Etats-Unis, la forte hausse des taux directeurs (de 1% à 4,5%!) a pénalisé Wall Street. Il faut y ajouter la préoccupation sécuritaire de l'après-11 septembre contribuant à mettre en place une toile de fond de repli sur soi. Image d'autant plus bizarre que le déficit d'épargne du pays doit être comblé par les investissements étrangers. Budgets publics poussés dans le rouge par l'effort guerrier et sécuritaire, consommateurs ayant usé jusqu'à la corde leurs cartes de crédit et entreprises faisant plus souvent la une des journaux à la suite de scandales, procès, endettement abyssal que suite à des percées technologiques majeures ont rendu plus floue l'image de leader des Etats-Unis. Du côté de notre bonne vieille Europe, les entreprises ont appris à se défendre dans un environnement ultra-compétitif. En affirmant leur multinationalité, elles ont pris leurs distances avec les rigidités structurelles de leurs pays d'origine, notamment du marché du travail. L'Europe de l'Est constitue une bouffée d'opportunités nouvelles. Un positionnement politique plus nuancé a sans doute aussi permis de capter une partie de la manne d'investissements en provenance des pays pétroliers. A l'échelle d'une planète globalisée, l'écart entre concurrents multinationaux américains ou européens est-il si important pour justifier un tel écart de performance boursière? Les cours d'entreprises ayant des activités identiques baissent aux Etats-Unis, alors qu'ils montent en Europe sur des annonces de résultats similaires. Un défit aux forces de la logique? Certes non. Un placement hors risque en dollars à 4,5% limite les ardeurs. Tant qu'une des deux banques centrales ne change pas drastiquement de tempo, les actions européennes continueront à mener le bal.