Il a raison Romano Prodi, président de la Commission européenne, lorsqu'il qualifie le Pacte de stabilité de «stupide». Au vu de la menace de récession qui plane sur l'Europe, vouloir à tout prix respecter la règle du 3% maximum pour les déficits budgétaires, c'est signer un magnifique autogoal: celui de fermer un des deux robinets clés de la relance au moment où on en a le plus besoin. Le retour à la croissance pourrait-il être facilité par l'ouverture de l'autre vanne, celle des liquidités de la Banque centrale européenne? Au vu de la politique du goutte-à-goutte à laquelle elle nous a habitués, mieux vaut ne pas trop y compter. Vous pensez peut-être que la critique de ce pacte n'a rien d'étonnant venant d'un ressortissant d'une péninsule connue pour son laxisme en matière de finances publiques? Eh bien, détrompez-vous. Aujourd'hui, le mauvais élève de la classe européenne est celui qui voulait faire du cap des 3% un critère d'exclusion à l'euro: l'Allemagne, qui selon toute vraisemblance va dépasser ce seuil cette année déjà.

M. Chirac n'a pas le franc-parler de M. Prodi. Mais il n'en pense certainement pas moins. S'inspirant des critiques de son ministre de Finances, M. Mer, le président français aimerait réaménager le Pacte de stabilité. Il s'agirait de mesurer les déficits publics à l'aune de la situation économique afin de pouvoir mener une politique budgétaire dite contra-cyclique: restrictive dès que la reprise devient surchauffe, expansive quand le ralentissement se mue en récession, voir en déflation. Aujourd'hui, c'est cette dernière menace qui est la plus sérieuse en Europe, d'où les discussions animées à propos du pacte.

A notre avis, il serait bien plus utile d'avoir une baisse des taux d'intérêt à court terme, plutôt que de réduire les dépenses publiques ou d'augmenter la charge fiscale. Pareil assouplissement de la politique monétaire aurait le grand mérite de favoriser une détente des taux à long terme, car la prime d'inflation attendue que ces derniers incorporent est très faible aujourd'hui. Et qui dit baisse des taux longs dit réduction du service de la dette, un fardeau que le faible niveau d'inflation ne permet justement pas de juguler. Lorsqu'on sait que les déficits publics des pays de la zone euro se transforment en surplus une fois extrait le coût de la dette des dépenses publiques, cet allégement aurait le mérite de mettre en mouvement un cercle vertueux, où la réduction du service de la dette entraînerait une réduction du déficit public, elle-même garante d'une baisse des taux et ainsi de suite. Sans compter que cette baisse des taux d'intérêt ne manquerait pas d'avoir une incidence positive sur la croissance économique et donc, in fine, sur les recettes fiscales. Bien sûr, on ne va résoudre les problèmes de l'Etat d'un simple coup de baguette magique sur les taux d'intérêt. Simplement, il s'agit de reconnaître qu'il y a aujourd'hui danger de récession et de mettre en œuvre des politiques proactives pour le contrer. Plutôt que de s'enferrer dans des pactes plus proches de la rigidité que de la stabilité.