En Bourse, comme à la guerre, et après chaque bataille, il faut compter les morts, les survivants, et les vaillants. Aujourd'hui, après bientôt une année d'affrontements entre le bébé et la vieille économie, le bilan est impressionnant. Parmi les dix plus grandes capitalisations boursières européennes, on ne trouve plus aujourd'hui que deux sociétés liées à l'industrie des télécoms (Nokia et Vodafone), alors qu'on en trouvait huit il y a une année. Si l'on opère un tri selon la taille des bénéfices réalisés en 2000, parmi les dix plus grandes sociétés, il n'apparaît aucune société liée aux fameux secteurs TMT.

Par ailleurs, les secteurs bancaires et énergie ont généré plus de 40% des bénéfices réalisés par la totalité des entreprises comprise dans le même indice DJ Stoxx. Faut-il donc honorer les vainqueurs? Je crains que non.

Du côté des banques, il est peu probable que les succès de l'an 2000 seront répétés: les chiffres d'affaires boursiers seront en baisse, les masses sous gestion tremblent et les coûts n'ont évidemment pas été maîtrisés l'année passée. Mais il y a plus grave: les banques européennes détiennent une part extrêmement élevée des encours bancaires mondiaux – près de 60%. Leur péché de rentabilité, déjà détecté lors de la crise asiatique, rappelez-vous l'importance des banques européennes dans le gonflement puis l'éclatement de la crise de 1997, est resté intact.

Les banques allemandes, anglaises, françaises et suisses détiennent aujourd'hui environ 50% des encours vers les Etats-Unis. Or la récession américaine et le fort ralentissement européen qui se profile ne manqueront pas de peser sur la qualité des débiteurs. En Bourse, le risque de bilan ne pardonne pas!

Quant à l'énergie, les bénéfices records de 2000 ne peuvent être battus dans cet environnement de presque récession mondiale. Que l'OPEC me pardonne, mais le cartel ne fonctionne bien que lorsque la demande est forte. La route de l'investisseur sera donc encore longue et difficile, mais dans ce métier aujourd'hui, comme à la Légion, la discipline d'investissement est l'alliée de l'indécision. C'est «Marche ou crève».

*Bordier & Cie