Une nouvelle baisse des taux d'intérêt aux Etats-Unis se profile donc. Mais est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?

Les expériences ratées des années 30 indiquent que les seuls remèdes contre le déclenchement d'une déflation post-bulle financière destructrice se trouvent dans l'implémentation rapide et préventive de politiques monétaires et budgétaires expansives. Or ces deux instruments de politique économique sont déjà orientés dans cette stratégie depuis plus d'une année et produisent de substantiels effets sur le consommateur.

Par ailleurs, on connaît la lenteur des effets de politique monétaire, qui nécessitent neuf à dix-huit mois pour être efficace sur l'ensemble de l'économie. Pourquoi donc baisser maintenant encore une fois les taux dont l'impact ne se ferait sentir que dans une année?

Une telle décision concerne donc d'abord la composante financière de l'économie. La crise de confiance actuelle, si elle peut apparaître douloureuse pour de nombreux investisseurs («Wir sind alle ein Ebner»), pousse surtout le marché des capitaux vers le «credit crunch» : les primes de rendement («credit spread») progressent d'une manière inquiétante. L'inaction des autorités monétaires face à ce phénomène constituerait alors un encouragement au processus déflationniste. Dans ce genre d'évolution, la qualité des débiteurs ne signifie plus grand-chose puisque le créancier recherche en priorité à se faire rembourser, et pousse donc le débiteur à liquider ses actifs. Une baisse des taux serait donc une mauvaise nouvelle, car elle constituerait un aveu des problèmes existants et ne servirait qu'à peu de chose dans le processus de relance économique.

Mais elle serait une bonne nouvelle car elle montrerait que les autorités américaines sont prêtes à suivre la voie japonaise de l'ajustement long mais sans cassure, en injectant des liquidités quand cela est nécessaire. Sans plus. Souhaitons que Duisenberg saisisse alors la balle au bond en abaissant aussi rapidement les taux d'intérêt en Europe. Car ici les effets seraient doublement bénéfiques: cela diminuerait les pressions sur le système financier comme aux Etats-Unis, mais en plus cela permettrait peut-être de réveiller le consommateur européen, qui, contrairement à son homologue américain dopé, a besoin qu'on lui stimule ses dépenses. Entre le risque de déflation ou d'inflation, mon cœur a choisi.