La croissance est de retour. Partie des Etats-Unis vers l'Asie, voilà qu'elle se dirige vers l'Europe. Il est frappant de constater à quel point chaque pays cherche à assurer la reprise conjoncturelle par les exportations, bien plus que par la consommation des ménages. On préfère sans doute profiter des largesses du voisin pour lui vendre moult biens et services, que stimuler leur demande chez les consommateurs domestiques. Quand on sait que cette dernière nécessite souvent incitations fiscales, augmentations de salaires, recours au crédit, on comprend mieux cette réticence.

La Suisse n'échappe pas à la règle. C'est grâce aux exportations que l'économie helvétique est sortie de la récession au troisième trimestre dernier. Et pour anticiper ce maigre 1% de croissance prévue pour cette nouvelle année, une prévision de la demande dans la zone euro est un passage obligé. A son tour, la pérennité de la croissance dans cette zone ainsi que celle de l'Asie cette année passent par une bonne tenue de la demande outre-Atlantique. A ce jeu de l'avion, il faut bien que quelqu'un consente à délier les cordons de la bourse. C'est le consommateur américain qui, jouant le rôle de client final, s'endette plus que de raison. Le déficit commercial béant qui en résulte incite le gouvernement américain à une double action. Tout d'abord, une politique de «douce insouciance «vis-à-vis de la monnaie, sa dépréciation constituant un remède bien connu pour relancer la compétitivité des produits américains. S'y ajoutent également des mesures protectionnistes, comme sur le marché de l'acier ou de certaines matières premières, visant elles aussi à donner des parts de marché au «made in USA». Cette dépréciation protectionniste est même affublée d'un qualificatif évocateur dans les manuels d'économie: «beggar-thy-neighbor», expression difficilement traduisible. Il s'agit en fait de s'enrichir en affaiblissant son voisin, au point d'en faire… un mendiant! Ben voyons. Chaque fois que le dollar tombe un peu plus bas, les Etats-Unis voient leurs termes de l'échange s'améliorer. Et ce sont les pays à monnaies fortes comme l'euro, le yen ou le franc suisse qui en pâtissent. Ainsi, une baisse de 10% du dollar ampute la croissance européenne d'environ 1%. Pas étonnant dès lors qu'à l'aune du produit national brut par habitant, les Etats-Unis soient le deuxième pays le plus riche du monde. Certes, la première place est occupée par le Luxembourg, mais je doute que ce soit en raison d'une formidable compétitivité de ses exportations. Tout comme la Suisse d'ailleurs, qui occupe le 7e rang. Hormis donc l'influence de flux financiers favorables, force est de constater que la mondialisation des échanges crée des emplois dans les pays à monnaies faibles comme les Etats-Unis ou l'Asie et en détruit dans ceux qui ont une monnaie forte, à l'instar de l'Europe, du Japon ou de la Suisse. Aujourd'hui mendiants de la croissance américaine pour nos exporta-tions, demain mendiants tout court?