Lorsqu'on revient aux turbulences financières de ces derniers mois, force est de constater l'étroite corrélation - inversée en l'état - entre le dollar et le baril de pétrole. Certes, l'explication la plus souvent admise pour expliquer la récente et spectaculaire hausse du brut demeure en premier chef l'insatiable demande asiatique. Mais si tel était le cas, le prix du pétrole aurait déjà sans doute trouvé un nouveau point d'équilibre largement en dessous de la barre des cent dollars. Donc une autre explication se cache ailleurs.

Tel un riche propriétaire foncier pour qui il avait été enfantin de se financer par le biais d'une première hypothèque sur son domaine, les Américains ont pu d'abord dépenser sans compter. Jusqu'au jour où ils ont dû supplier leur banquier de leur accorder un nouveau prêt, proche de la valeur totale du gage. Immanquablement, les relations avec leur banquier se sont alors tendues. Or ne constatons-nous pas aujourd'hui un scénario analogue sur la scène internationale?

Dans un premier temps, les nouveaux fonds souverains ont comblé sans rechigner les pertes liées au «subprime» des banques occidentales. Dans l'esprit des financiers, cet argent neuf devait connaître le même sort que celui réservé à l'époque aux investissements japonais. En bref, il finirait par être racheté à prix cassé voire pas remboursé du tout.

Mais le profil psychologique des nouvelles contreparties a désormais bien changé. Pour ces dernières, détenir des obligations du Trésor américain ou des immeubles de prestige est de moins en moins attirant. Par contre, accumuler des participations boursières dans les secteurs stratégiques occidentaux les motive. Face à ces nouvelles exigences, les sénateurs ont bien sûr fait barrage aux prises de contrôle dites «sensibles», et la Fed s'est empressée, pour relancer l'activité, de baisser les taux et donc le dollar par la même occasion.

Depuis quelques mois, la désinvolture des Etats-Unis semble avoir trouvé ses limites car l'envolée généralisée des matières premières n'est finalement que le miroir des manquements américains. Les nouveaux créanciers de la planète sont en train de reprendre à leur compte cette vieille maxime yankee qui ne fait pas la part belle aux débiteurs: money speaks.