Tout va bien. Le scénario économique est idéal pour les investisseurs. Non seulement la croissance mondiale ralentit doucement, mais les sources de cette croissance sont mieux réparties. L'Europe prend de la vigueur au moment où l'Amérique et la Chine ralentissent; les créations d'emplois ne sont pas euphoriques, mais sont bien présentes dans les trois zones Asie, Amérique, Europe; les politiques monétaires des banques centrales sont actives, plus ou moins orientées vers le repli monétaire, mais sans agressivité et ne menacent ni la croissance, ni les marchés; les bulles immobilières anglo-saxonnes se dégonflent en douceur, et l'inflation si elle ne joue pas les revenants, tout au plus joue-t-elle les fantômes; les déficits américains ne sont en fait que la résultante d'un nouvel ordre économique mondial et la monnaie américaine reste malgré tout soutenue par l'appétit des investisseurs étrangers; les bilans des entreprises sont sains, l'endettement est au plus bas et les marges aux plus haut. Bla, bla, bla... bla, bla, bla... béat? Après bientôt trois ans de hausse sur les marchés, presque tous actifs confondus, c'est vrai qu'il est difficile de découvrir des voix discordantes quant à la bienveillance de l'environnement actuel pour les marchés financiers. Le pessimisme serait-il le topinambour des investisseurs? Recherchons alors plutôt les indices de risque dans les prix payés par les investisseurs. Autrement dit, il faut éviter ce qui n'a plus de prime de risque et privilégier ce qui en possède toujours trop, afin de rester serein même en cas de correction à court terme. A ce jeu simple, les actions semblent garder encore des primes de risque raisonnables. Mais attention, de ce point de vue, si les actions européennes restent très intéressantes, et soutenues par la politique monétaire, il n'en est pas de même pour les autres zones. A Tokyo, l'évaluation supérieure ne peut plus être facilement justifiée par un excès de croissance; Wall Street n'est toujours pas bon marché et la concurrence des taux courts et longs reste forte; quant aux bourses émergentes, après leur flamboyance des dernières années, leurs évaluations sont au plus haut depuis 2000, et la prime de risque y a disparu presque totalement. Le topinambour n'est plus à la mode, mais son amertume resurgira d'autant plus fort là où son goût exotique aura été oublié.