Le bureau politique du Parti capitaliste révolutionnaire tient une séance fiévreuse.

Fedor Monetarovitch Greenspan prend la parole: «Camarades, l'amélioration de la productivité, de 5,1% en rythme annuel, est la plus forte depuis le début de la Grande Révolution Informaticienne. Ce succès doit nous encourager à poursuivre dans la voie de la Nouvelle Economie Productiviste (NEP). Cela dit, nos ennemis n'ont pas baissé les bras. La hausse des coûts de l'emploi a été de 4,6% pour la même période. Il faut tuer dans l'œuf la réaction inflationniste. C'est pourquoi plus de rigueur sera nécessaire. Mon objectif est de relever les Fed funds à 7%. Pas demain 22 août, non, mais dans les six mois.»

Il est interrompu par Trotski: «Camarade, la mesure que tu proposes ne favoriserait que les porteurs d'obligations, classe condamnée par l'Histoire. Ce serait une lourde erreur que d'affaiblir les masses. Si la croissance ralentit, il n'y aura plus de gains de productivité possibles. Comme je le dis toujours: la Révolution est une bicyclette. Si elle n'avance pas, elle tombe.»

Greenspan: «Ton analyse est fausse, camarade. La patrie de la Révolution peut supporter un léger ralentissement économique. L'amélioration de la productivité n'est pas seulement due à la fermeté de la conjoncture, mais également aux nouvelles technologies et aux investissements en capital qui sont le fondement même de notre Révolution. Je viens d'ailleurs de l'affirmer lors de l'audition Marx@Engels@Humphrey@Hawkins.»

Trotski, s'étranglant à moitié: «Quoi!? Mais tu as toujours soutenu le contraire jusqu'à présent! Quel revirement! C'est de l'opportunisme!»

Greenspan bondit: «C'en est trop! Je rejette ces accusations. Mais surtout je dénonce les thèses qui, sous couvert de favoriser les masses de consommateurs, feraient le jeu de la réaction inflationniste. Je demande l'exclusion immédiate du camarade Trotski pour déviationnisme.» Brouhaha, vote à main levée, Trotski quitte la salle. D'un geste, Fedor Monetarovitch impose le silence: «Camarades, C'est la lutte finale. Peu importe si la consommation ralentit, c'est la formation de capital qui assurera le triomphe de la Révolution. Grâce à ma politique, nous ferons une avancée décisive vers notre objectif ultime, instaurer une société sans bear markets! Camarades, vive la Révolution, vive la Nouvelle Economie Productiviste, mais vive aussi la rigueur monétaire!»

* Chief Strategist, Lombard Odier & Cie