Tous les yeux sont aujourd'hui rivés sur l'Irak: inspecteurs des Nations unies, troupes déployées aux frontières, caméras des satellites espions… La probabilité d'une intervention méduse les investisseurs eux aussi.

Si l'issue des opérations armées ne fait guère de doute, leurs conséquences dépendent de paramètres encore difficiles à saisir: la durée d'une occupation militaire, la forme d'un gouvernement civil, la remise en état des installations pétrolières et leur contrôle, le maintien ou non de l'intégrité territoriale de l'Irak et ses répercussions sur les Etats voisins… Les inconnues sont trop nombreuses pour espérer, comme scénario central, un cours du pétrole brut inférieur à 25 dollars au second semestre. En cas de complication militaire ou de déstabilisation de la région, ce serait peut-être même avec 45 dollars qu'il faudrait compter pour plusieurs mois. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer les récentes mesures de relance monétaire et budgétaire.

Faisant suite à la reprise de l'activité économique, le redressement bénéficiaire se confirme désormais aux Etats-Unis. Il devrait atténuer les craintes sur la solvabilité de nombre de débiteurs et mieux soutenir la valorisation des actions en général. Cela dit, tant que les problèmes géopolitiques dominent et que plusieurs grands investisseurs sont contraints de rester à l'écart des Bourses, on ne peut guère compter sur un puissant mouvement haussier. L'intervention en Irak ne bouche pas seulement l'horizon immédiat, elle projette derrière elle une zone d'ombre.

Les mesures de relance des Etats-Unis ont le même effet, car le creusement d'un nouveau déséquilibre financier est lourd de conséquences: la réapparition du second des deux jumeaux – les «twin deficits» de la balance courante et du budget fédéral – signale un changement profond des fondamentaux tant du marché obligataire américain que du dollar.

Après leur correction récente, les obligations du Trésor pourraient se stabiliser, mais le déséquilibre budgétaire, ajouté à la réaccélération conjoncturelle, finira par pousser les rendements à la hausse. Même séquence pour le dollar: consolidation dans un premier temps, puis nouvelle faiblesse. Dans l'immédiat, en effet, l'euro pourrait s'essouffler, mais le besoin croissant de financement extérieur provoque l'érosion du dollar. La fermeté de la monnaie unique prolongera en revanche l'accalmie sur les taux d'intérêt européens, mieux orientés à terme qu'aux Etats-Unis.

Dans un marché assaini mais en proie à l'incertitude, il importe de saisir avec agilité toutes les occasions qui se présentent, sachant qu'elles ne seront pas nécessairement durables. A la période du «buy and hold» a succédé celle du «watch and act».