Dans l'indifférence générale, le prix du baril de brut a largement dépassé la barre symbolique des 50 dollars la semaine dernière. Pourquoi une telle apathie des pays développés alors qu'une sérieuse envolée de l'or noir ne peut que déstabiliser leurs économies?

Officiellement, les réserves mondiales de pétrole encore disponibles ne sont pas chiffrées avec exactitude. Aussi espère-t-on que la hausse viendra le plus tard possible… Car le consensus démocratique n'aime pas – ou ne sait pas – faire face à des tournants spectaculaires. En matière pétrolière, nous n'en sommes pas à notre coup d'essai. A l'été 1973 en effet, les news magazines américains avaient annoncé noir sur blanc l'imminence de la crise pétrolière. Mais personne n'avait jugé nécessaire de réagir. L'histoire a toutes les chances de se répéter.

D'ailleurs, la situation pétrolière actuelle n'est pas aussi aléatoire que l'on veut bien le dire. Tous les grands gisements ont été découverts et leur réalité géologique est incontournable: un puits n'est pas un réservoir bien délimité mais une zone poreuse. Il en ressort la loi d'Hubbert (du nom d'un géologue de la Shell des années 50) qui affirme que la seconde moitié d'un gisement est infiniment plus onéreuse à extraire que la première. Autant dire que le pétrole bon marché, c'est fini pour de bon car le plus facile a déjà été pompé.

Quant aux chiffres, ils sont simples: la demande mondiale actuelle se monte à 80 millions de barils/jour. Et il sera difficile, pour les raisons que nous venons de mentionner, de sérieusement dépasser une production de 90 millions de barils/jour sans faire exploser les coûts d'extraction. Lorsque l'on sait que moins de 300 millions d'Américains consomment à eux seuls plus du quart de la production globale et que 3,6 milliards d'Asiatiques doivent se contenter de 20 millions de ces mêmes barils, on comprend le danger d'une telle équation. La croissance accélérée de l'Asie posera plus rapidement que prévu un problème d'accès aux ressources. Pour les décennies qui viennent, cela promet des conflits autrement plus délicats que le terrorisme actuel issu du Moyen-Orient et qui ne concerne que des bassins de population faiblement peuplés.

Après une génération d'accalmie, une grande vague de hausse touchant les matières premières essentielles a déjà démarré. Vu le niveau déjà très élevé de l'imposition des hydrocarbures, le pouvoir politique subira. Pour les investisseurs par contre, les opportunités seront plus grandes que jamais. Nous y reviendrons bientôt.