Bonne nouvelle pour les investisseurs: le monde financier ne s'est pas porté aussi bien depuis très longtemps. Du moins si l'on en croit l'indice financier de la peur.

Cet indice porte un nom: le Ted spread. Il exprime le différentiel entre l'Eurodollar et les obligations du Trésor américain. En termes moins barbares, il compare le prix de l'argent onshore, garanti par le gouvernement du pays le plus puissant du monde, à celui d'un dépôt offshore, servi par une banque commerciale de premier ordre. Lors des années 70, les accès de fièvre – et donc de peur – se succédaient d'une manière inquiétante. La faillite de la banque Herstatt en 1974 avait alors poussé le monde financier au bord de l'apoplexie; rebelote à fin 1979, au moment de l'invasion de l'Afghanistan par les Russes.

A titre de comparaison, la débâcle Enron comme la récente et colossale faillite frauduleuse de Parmalat n'ont plus guère suscité que des bâillements ennuyés. L'écart actuel entre Eurodollar et TBills est donc plus mince que jamais: le miroir de cette confiance s'exprime aussi dans les obligations des pays émergents, en forte hausse depuis des mois.

Comment peut-on justifier la confiance actuelle par rapport au pessimisme qui prévalait il y a une génération, lorsque le chômage était moins élevé et la croissance économique encore bien réelle? Uniquement pour une raison psychologique très simple: les investisseurs ont constaté que l'Etat avait désormais pris l'habitude de toujours intervenir en cas de coup dur. Par contre, ces mêmes investisseurs n'ont guère porté d'attention au fait que l'Etat, au cours de cette période, avait certes nationalisé les pertes mais aussi privatisé les gains. Enfin, résultat ultime de la confiance, un culte de la personnalité s'est développé: Alan Greenspan, pour ne citer que le plus connu des banquiers centraux, est adulé aujourd'hui comme un sauveur, pour ne pas dire comme un faiseur de pluie, par tous les financiers bien-pensants du monde entier.

Dans l'immédiat, et grâce aux formidables liquidités injectées dans le système, les Bourses vont logiquement poursuivre leur hausse. Un seul paramètre ne peut qu'augmenter, c'est la volatilité. Nous ne nous trouvons pas dans une petite bulle financière, mais dans un enchaînement de bulles dans d'autres bulles, à l'instar des poupées russes. Et à ce stade, l'indice de la peur est à l'affût, prêt à se réveiller.