Economie

Au cœur des marchés. Le piège du dollar

Affairés à justifier leur importance sur le sujet, les Européens ne

Affairés à justifier leur importance sur le sujet, les Européens ne semblent pas encore avoir compris qu'ils risquent fort d'être les dindons de la farce du dossier irakien. Car l'Oncle Sam a d'ores et déjà décidé de leur faire payer une partie de l'addition par le biais du dollar.

Les chiffres ne mentent pas: pour la seule année 2002, les monnaies européennes ont progressé de près de 15% par rapport au billet vert. Et cette tendance risque fort de se maintenir cette année. Quoi qu'il en soit, on se souvient de la phrase de John Connally, ancien secrétaire au Trésor, qui affirmait sans ambages: «La valeur du dollar, c'est votre affaire…»

Dans sa structure actuelle, le système monétaire mondial permet aux Etats-Unis de créer toutes les liquidités qui leur plaisent ou dont ils ont besoin sans la moindre contrainte. En bref, ils bénéficient du pouvoir exorbitant de s'endetter gratuitement vis-à-vis de l'étranger; cela revient à des plans Marshall à l'envers et surtout à répétition. Ce qui revient à dire que le système monétaire mondial n'est ni symétrique ni impartial, et encore moins cohérent.

De l'autre côté, il y a forcément des pays qui en assurent la contrepartie. Ce sont ceux qui disposent d'une balance commerciale positive vis-à-vis des Etats-Unis. En premier chef vient le Japon, puis l'Allemagne, aujourd'hui élargie à l'ensemble de l'Europe. On notera en passant qu'il s'agit de pays vaincus en 1945, donc de pays dont l'inconscient collectif a appris à accepter sans rechigner la domination américaine.

Le déroulement financier de la crise irakienne est donc prévisible. Les Américains pourront imprimer ad nauseam toute la monnaie dont ils auront besoin. Et si le dollar baisse encore, ils feront coup double. Leurs créanciers se verront spolier d'une partie de leurs avoirs et leurs concurrents commerciaux perdront de leur compétitivité. Autant dire que le système monétaire actuel n'offre aucune sécurité collective. Il ressemble à s'y méprendre au système impérial de l'Empire romain où la capitale a fini par vivre aux dépens de l'ensemble du système. Et cette tendance pourra perdurer aussi longtemps qu'aucune forme de pression monétaire ne s'exercera sur Washington.

Pire, le temps presse. Faute de mécanismes de rappel et globalisation aidant, il est même imaginable que le dollar américain devienne à terme la seule monnaie mondiale de facto, puis sans doute aussi à terme de jure.

gillieron@delman.ch

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