Foin de brioche pour les Allemands: au vu du déficit budgétaire annoncé récemment par le Bundestag, c'est plutôt une cure de Pumpernickel qui est à l'ordre du jour, ce pain noir jamais sec que l'on réserve traditionnellement aux harengs. Sur assiette donc. Et ce n'est pas la réunion du G20 ce week-end à Berlin qui va permettre aux Allemands d'éviter le régime. Pour la quatrième année consécutive, le déficit public d'outre-Rhin dépassera en 2005 le seuil de tolérance des 3% fixé par le Traité de Maastricht. Difficile d'échapper à une règle sur laquelle les autorités allemandes avaient lourdement insisté au moment où il s'agissait de convaincre la population de troquer le tout-puissant Deutsche mark pour un euro aux contours incertains. Le ministre des Finances, Hans Eichel, assure que le déficit sera inférieur au seuil critique. Problème, son estimation repose sur des hypothèses de croissance du PIB qui semblaient déjà bien optimistes avant la brutale appréciation de l'euro vis-à-vis du dollar de ces dernières semaines.

On comprend dès lors mieux la colère de l'Allemagne et des autres pays européens réunis à Berlin ce week-end. Les vingt principales économies mondiales y ont débattu de la baisse du dollar et du renchérissement du pétrole, ces deux freins à la croissance mondiale. La cherté de l'euro n'allège que très partiellement la facture pétrolière en Europe. Elle pose par contre de réels problèmes à la compétitivité de ses exportations, ce poumon de sa croissance. Les Américains sauront-ils passer de l'empathie plus ou moins sincère aux actes en intervenant sur le marché des changes pour stopper la chute du billet vert? On peut en douter.

Certes, le grand argentier Alan Greenspan était présent ce week-end à Berlin pour rappeler, si besoin est, que les gigantesques déficits des Etats-Unis finiront par poser problème à l'économie mondiale. Oui, John Snow, le secrétaire américain au Trésor, était aussi du voyage et répétait à l'envi que les Etats-Unis croient aux vertus d'un dollar fort. Mais dans les faits, les Américains s'accommodent parfaitement de la faiblesse de leur monnaie. Elle leur assure la croissance de l'économie via les exportations, leur évite d'avoir un déficit commercial encore plus marqué et surtout contraint les banques centrales asiatiques d'acheter des obligations du Trésor américain pour tenter d'enrayer une envolée de leur propre devise.

Un gouverneur de la banque centrale américaine a récemment accusé le Congrès de «dépenser comme s'il se servait gratuitement dans un pot de biscuits au chocolat».

Histoire de rééquilibrer un peu les choses, on pourrait peut-être suggérer aux Allemands d'en faire autant? Après tout, le pain noir et le chocolat, c'est peut-être un bon remède contre la dépression économique que risque de provoquer la cherté de l'euro…