2006 a été jusqu'à présent une année complexe. La douche froide des mois de mai et juin fut digérée tardivement par les indices boursiers. Les corrections de ce type sont dues à trois phénomènes: trop d'intervenants divers et variés sur les mêmes jeux; un effet boule de neige de réduction des positions (souvent à levier) entraînant une forte corrélation entre actifs sans raison logique; enfin, une forte montée de la volatilité des marchés au sens large (devenue un actif en tant que tel) qui fait effet d'auto-allumage de la chute en poussant le mouvement plus loin et plus longtemps. L'émotion humaine fissure les convictions et conduit à une diminution de l'exposition dans la baisse. Une correction abrupte, généralisée et plus longue qu'attendue interpelle. On cherche une cause réelle qui nous aurait manqué. On s'étonne de fondamentaux restés plus stables. Qu'ils soient traditionnels ou alternatifs, spécialisés ou généralistes, les gérants lèvent le pied. Autant la correction aura été longue, autant le retour sera progressif. C'est tout le problème de marchés de liquidités et de stratégies financières sophistiquées.

Les marchés financiers sont trop démultipliés face à la réalité économique. Toutes ces stratégies, aussi complexes soient-elles, restent des jeux à somme nulle: l'argent gagné par l'un est perdu par un autre. Il convient à ce stade de se rappeler des bases: pour faire fructifier de l'argent, on peut le prêter en échange d'un loyer (aujourd'hui les taux réels et nominaux sont à des niveaux historiquement bas donc d'une attractivité mitigée) ou l'investir dans des actifs réels (immobilier, métaux précieux, arts) ou, enfin, l'investir dans des entreprises ayant une solidité financière donnée, des produits et des marges bénéficiaires offrant du potentiel ainsi que des dirigeants talentueux et fiables. Un tel investissement comporte des facteurs de risque variables en fonction de la jeunesse d'une entreprise (les start-up) ou, à l'inverse, de son caractère très prévisible et peu dynamique (les «veaux»). Mais entre ces deux extrêmes, il existe des capitalisations boursières larges avec une croissance intéressante et de qualité: les «blue chips». Ce sont des noms que nous connaissons tous, des affaires dont nous voyons les avancées tous les jours dans la presse, les magasins ou en étant attentif aux infrastructures que nous utilisons. Ce sont surtout des titres boursiers dont les graphiques forment un électrocardiogramme plat depuis 8 ans ou plus (c'est-à-dire bien avant la grande correction des années 2000) et dont pourtant les bénéfices, la santé financière, les produits, le management n'ont cessé de progresser. Les marchés ont cette particularité d'exacerber les mouvements dans les deux sens. Ces titres ont accumulé un retard se traduisant par une évaluation qui n'a cessé de baisser au fil des années. Aujourd'hui, ils offrent une relation entre le risque, la liquidité de l'investissement et son rendement potentiel très favorable. L'arbre cache-t-il la forêt? Il est temps de prendre une vue d'actionnaire à moyen terme. La cote permet de sélectionner des actions dans les thèmes les plus porteurs, ayant les meilleurs produits, les meilleurs managements, des marges en expansion et des reins assez solides pour supplanter leurs concurrents. Il y a vraiment matière à ramener à sa juste place cette approche très classique à l'intérieur des portefeuilles.