L'article publié dans cette rubrique la semaine dernière évoquait la hausse du prix du pétrole, de plus de 30% depuis le début de l'année. Mais ce sont toutes les matières premières qui sont en hausse – l'indice Commodities Research Bureau, qui comprend dix-sept des principales matières premières, est au plus haut depuis 1981!

Mais quels sont les moteurs de cette demande? Pour le pétrole, la demande reste très forte, non seulement en Chine et en Inde, mais aussi en Europe du Nord et aux Etats-Unis, poussé par la solidité de la demande industrielle et le temps froid persistant. Les incertitudes géopolitiques et les décisions de l'OPEP elles aussi continuent à alimenter la hausse. Pour les autres commodités, il est beaucoup plus difficile d'analyser les moteurs de la demande et l'état des stocks, mais toujours est-il que la balance production/demande est déficitaire.

Si l'on prend l'exemple de la chimie, les produits de base ont vu leurs prix augmenter de 35% en moyenne en 2004. C'est maintenant le tour de la chimie dite de spécialités, qui augmente ses prix dans des secteurs tels que les additifs plastiques et traitements de l'eau. D'ici à la fin 2005, on estime que les prix des spécialités auront augmenté de 15 à 20% dans certains cas. Et ce, de façon globale! La grande majorité des acteurs annoncent régulièrement depuis mi-2004 leurs intentions d'augmenter leurs prix – et ces hausses sont apparemment acceptées par leurs clients sans trop rechigner!

Alors qui absorbera cette hausse des prix? Le consommateur, la distribution ou l'industrie? C'est la plus grande question que se posent les marchés actuellement. On revient alors aux principes de la microéconomie, de la notion de monopoles et oligopoles, de «pricing power», de produits différenciés, de contrats… Jusqu'à maintenant, l'inflation était muselée par la concurrence asiatique et la baisse du dollar. A notre avis, les tensions inflationnistes vont apparaître de façon plus importante dans les mois qui viennent. En Chine, l'indice des prix à la consommation a augmenté de près de 4% en février!

Ou alors, scénario le plus pessimiste, la hausse des prix actuelle affaiblit déjà la demande, et de façon importante, un phénomène que l'on a commencé à voir en Europe et en Suisse fin 2004 et qui pourrait anéantir toute tentative de reprise économique. La BCE et la BNS préfèrent attendre des signes de croissance maintenue plus évidents avant de lutter sur une inflation qui pourrait ne jamais se manifester!