Les orages d'été ont à nouveau secoué les marchés boursiers, la Suisse n'étant évidemment pas épargnée. Si la correction peut apparaître significative (environ 8% en quelques jours), elle ne représente presque rien dans le contexte exceptionnel qui a entouré l'indice des sociétés suisses cotées ces dernières années, car celui-ci a été multiplié par plus de quatre depuis le début de la décennie! En effet, la Bourse helvétique a incontestablement été la vedette des Bourses mondiales pendant cette période. Jamais précédemment autant de fées ne s'étaient occupées de sa destinée: amélioration significative de la transparence financière des entreprises, prise en compte des actionnaires comme partenaires, restructurations, recentrage stratégique, management plus compétent, fusions et acquisitions et bien sûr, moteur indispensable à la hausse des cours, progression régulière des bénéfices. N'oublions pas un autre élément crucial: la caractéristique de valeur refuge de la devise suisse à un moment où la construction européenne rencontrait beaucoup de scepticisme. Paradoxalement, ce parcours sans faute s'est opéré durant une période marquée par la stagnation de l'économie suisse – elle-même en proie à des ajustements structurels majeurs liés à la globalisation de l'économie mondiale –, démontrant ainsi le caractère international des plus grands composants de l'indice boursier suisse.

Malgré les opérations d'envergure qui ont touché les grands acteurs du marché – fusions de Sandoz et de Ciba, de Credit Suisse et Winterthur ou encore UBS-SBS – le sentiment croissant est que la Suisse rentre désormais progressivement dans le rang sur le plan boursier. L'Europe se construit de manière crédible et la prime de qualité conférée par les investisseurs étrangers perd graduellement de sa raison d'être.

Ainsi, la nécessité de détenir des actifs financiers libellés en francs suisses tend à s'amenuiser. Parallèlement, les grands portefeuilles institutionnels de la zone euro considèrent une augmentation significative de leurs investissements en actions dans cette région, dont la Suisse ne fait pas partie.

De leur côté, les investisseurs institutionnels suisses ont déjà fortement augmenté la pondération dans leurs portefeuilles aux actions domestiques, induisant par conséquent un flux plus modeste à l'avenir vers cette classe d'actif.

Enfin, les taux d'intérêt sont à leur plus bas niveau historique et devraient dès lors progressivement remonter à mesure que la reprise conjoncturelle se confirme. Aujourd'hui, le devant de la scène est occupé par cinq sociétés qui représentent 70% du marché! Par conséquent, le défi principal semble résider dans la capacité des autres sociétés à se profiler comme les leaders de demain afin de prendre le relais de leurs illustres prédécesseurs.

* Directeur, UBP Gestion institutionnelle, Genève.