Dans la torpeur de l'été, les marchés boursiers font désormais face à une concurrence inattendue: les obligations et les placements à taux fixes. Car à force d'avoir poussé vers le haut les taux d'intérêt pour montrer sa détermination à lutter contre l'inflation, la Réserve fédérale américaine a dépassé un seuil fatidique, celui des cinq pour cent. Tant et si bien que tout investisseur sensé est aujourd'hui confronté à une tentation bien réelle: pourquoi prendre des risques en Bourse lorsque vous pouvez aisément vous en passer?

Sur la durée, l'entrepreneur doit être mieux rémunéré que le rentier pour que le système financier reste cohérent; ou, en d'autres termes, il faut que les actions rapportent plus que les obligations. Or tel n'est plus le cas de la Bourse américaine. Si vous disposez de liquidités abondantes, vous percevrez sans risque plus de cinq pour cent l'an. Et lorsque l'on sait que les marchés financiers sont des systèmes instables, très sensibles aux effets de seuil, on ne peut que dire attention.

Les dernières hausses successives de taux que nous avons vécues s'expliquaient par la volonté des banquiers centraux de ne pas laisser le système s'emballer, toujours au nom de la lutte contre l'inflation. Or la réalité est autre: le système économique concurrentiel subit de plein fouet les effets du Net qui assèche toutes les poches d'inflation. Et le dernier oligopole qui résiste encore à ce rouleau compresseur, ce sont les services étatiques. Mais pour combien de temps et à quel prix?

Si la bulle financière devait donc éclater, c'est bel et bien à la déflation à laquelle nous serions confrontés en lieu et place d'une inflation imaginaire. Déflation: un mot hideux, synonyme de malheur, que chaque génération qui a dû y faire face avait juré d'éviter. C'est bien sûr toujours le cas aujourd'hui. Mais la dominance du politiquement correct rend ce risque plus aigu que jamais car les responsables d'aujourd'hui s'imaginent qu'ils sauront faire ce que personne n'a réussi avant eux. Tout un programme.

Pour les investisseurs, l'été boursier qui s'annonce est donc plein de dangers pour les raisons que nous venons de décrire. La prédominance des investisseurs institutionnels sur les marchés actions est une réalité que l'on ne conteste plus. Or de tels professionnels savent compter et constatent que le rendement des dividendes qu'ils peuvent au mieux espérer avoisine quatre pour cent. Soit moins que ce que la Banque centrale américaine se propose de vous payer aussi bien à une échéance de quelques mois qu'à plusieurs années. Face à un rival aussi attractif qu'imprévu, beaucoup sont en train de se laisser séduire.