L'instabilité, pour ne pas dire l'inconfort actuel des marchés financiers, nous indique que la déflation est en train de gagner l'économie mondiale. Et en la matière, le mauvais exemple continue à venir du Japon qui, après dix ans de contreperformances, ne veut toujours rien entendre: le cercle vicieux dans lequel s'est enfermé le pays du Soleil-Levant est pourtant simple. Au lieu d'alimenter en liquidités l'ensemble du monde, il continue d'accumuler des surplus commerciaux qu'il s'empresse de stériliser, à l'instar de la fourmi de la fable.

Et puisqu'il est dirigé par une gérontocratie obtue pour qui sauver la face l'emporte sur toute autre considération, ce pays refuse obstinément de dévaluer sa monnaie, alors que c'est pourtant la seule arme possible qui lui reste. Placés dans une situation très similaire au milieu des années 80, les Etats-Unis n'avaient pas hésité à envoyer le dollar en enfer.

L'histoire macro-économique semble dérouler ses événements comme Conan Doyle menait les enquêtes de Sherlock Holmes. Seules les hypothèses absolument impossibles y étaient éliminées. Et la solution résidait le plus souvent là ou personne ne voulait la chercher ou la voir. Dans le cas japonais, une monnaie plus faible fait figure d'épouvantail, à cause des excédents commerciaux qui sont là depuis trop longtemps. Mais a contrario, tant les armes budgétaires que monétaires ont déjà été utilisées en vain. Et il ne reste donc rien d'autre que la monnaie. Surtout lorsque l'on sait que la pyramide des âges est très défavorable au Japon, puisque ce pays n'a pas connu notre baby-boom de l'après-guerre.

Mais les fausses pistes demeurent: la théorie de la parité du pouvoir d'achat tend à démontrer que le yen est même sous-évalué de près de 10%. Sans compter les bureaucrates des différents ministères qui craignent qu'une dévaluation du yen ne laisse apparaître que le roi est nu. Alors que tout le monde sait que l'ensemble du système bancaire japonais est en faillite, et qu'il nécessitera deux traitements radicaux, retenus alors pour les Savings & Loans américains: une monétisation et une nationalisation.

Il y a des mois, pour ne pas dire des années, que de nombreux financiers tablent à tort sur un affaiblissement du yen vers un niveau de 150-160 contre le dollar, voire même plus bas. Comme chacun des camps ennemis ne cesse de renforcer ses positions respectives, on peut deviner que l'explosion finale promet d'être spectaculaire.