S'il est un sujet pour lequel les experts ont de grandes difficultés à tenir le même langage, c'est bien celui de la liquidité disponible pour les marchés financiers. Les explications les plus communément apportées à la hausse des marchés se résument à la faible volatilité des principales classes d'actifs et surtout à l'abondance de liquidité. Je ne suis pas sûr que tout le monde soit sur la même longueur d'onde à cet égard...

Il apparaît évident que la mesure de la liquidité «financière» demeure un exercice particulièrement délicat, mais avant tout il convient évidemment de s'entendre sur une définition convaincante. Si certains mettent en rapport la masse monétaire et son coût, je préconise une approche plus classique, qui compare la masse monétaire au PIB, et cela sur un plan global et de manière dynamique. Ainsi un diagnostic simple de l'état des conditions monétaires qui prévalent dans l'économie peut se faire. Dans ce contexte, l'observation des tendances montre que, suite aux conditions très accommodantes destinées à atténuer le ralentissement économique, nous assistons depuis quelques années à une normalisation. Historiquement, une situation de ce type se traduit par une évolution favorable des marchés financiers. La contribution des pays émergents est désormais considérable par le truchement de l'accumulation d'actifs financiers non domestiques.

Par ailleurs, la révolution financière introduit une dimension nouvelle dans la mesure de liquidité disponible, dimension que personne ne semble réellement maîtriser. Il est dès lors très difficile d'évaluer si l'ampleur du levier observé dans les marchés est de nature à causer un problème majeur à un moment ou à un autre. Ce qui est sûr est que les montants concernés sont considérables et largement distribués dans le système. Pour l'heure, la crainte d'une débâcle financière importante liée à la dégradation des crédits «sub-prime» aux Etats-Unis semble s'être fortement atténuée. Il n'en reste pas moins qu'une disparition potentielle de 50 milliards de dollars de fonds propres des banques américaines réduirait de manière non négligeable les ratios de capital de l'industrie et induirait une politique d'octroi de crédit sensiblement plus restrictive. Dans ce contexte, la relative abondance de la liquidité financière et la confiance des investisseurs pourraient se détériorer quelque peu.