Les médecins ont beau s'agiter: traitements en tous genres, doses augmentées, injections répétées et massives... rien n'y fait. Le patient (le crédit interbancaire) gît toujours inconscient, totalement paralysé, provoquant l'angoisse de ses proches (les marchés financiers) et courant le risque de contaminer tout son entourage (l'économie réelle).

Outre-Atlantique le remède du Dr Paulson n'a pas eu les effets escomptés. La faute aux hésitations de ses confrères (le Congrès) à le prescrire et à son action retardée, le temps de mettre en place l'équipe de soignants et de préciser la posologie (prix payés pour les actifs toxiques des banques)? Clairement, dans cette situation d'urgence, chaque jour compte. Mais la faille principale du plan américain réside probablement dans son principe actif. Chaque dose (dollar) administrée ne fait que stabiliser son équivalent en cellules malades dans le bilan des banques, les remplaçant par des cellules saines. Et elle n'a aucun impact sur leur système nerveux: les équipes dirigeantes restent en place.

A contrario, l'approche thérapeutique généralement choisie en Europe est plus radicale. En oxygénant (augmentant) directement le capital des banques, elle renforce leur système immunitaire, déployant des effets immédiats et démultipliés sur l'activité du malade (les prêts). Et sa tête est aussi impactée, nationalisation rimant souvent avec changement de management. Mais les médecines européennes ont aussi leurs limites: elles ont été prescrites tardivement, à doses trop faibles et - surtout - en ordre dispersé.

L'heure est grave: au défilé désordonné de spécialistes au chevet du patient doit succéder une approche concertée et globalisée - dont les bases ont heureusement été posées durant le week-end. Il faudra peut-être aussi placer les proches en quarantaine (fermer les marchés boursiers), le temps pour le «congrès mondial des médecins» de laisser agir les traitements administrés et d'injecter la dose maximale.

Une fois passée la phase critique, lorsque le patient aura été ranimé, restera à composer avec les effets plus durables de cette crise sur sa propre santé (paysage bancaire bouleversé et beaucoup plus régulé), celle de ses proches (produits d'investissement moins complexes) et celle de son entourage (ralentissement économique marqué et synchronisé). Ce n'est pas la fin du monde, mais c'est bien la fin d'un monde.