La progression prodigieuse des cours boursiers des titres Internet aux Etats-Unis soulève de nombreuses interrogations, tant dans le public financier qu'auprès de l'homme de la rue. Si Internet est devenu un outil de communication et de transaction qui fait désormais partie de la vie d'un nombre croissant de personnes dans les pays industrialisés, la stature financière prise par les principales sociétés ISP (Internet Service Provider) comme AOL, Yahoo, At Home ou encore Lycos ne manque pas de nous interpeller. En effet, la capitalisation boursière de la plus grande d'entre elles, America On Line, est aujourd'hui supérieure à celles de Disney, Viacom et Warner réunies, soit les plus grands groupes de médias et de loisirs américains! Dans la même veine, Charles Schwab, un agent de change californien pour la clientèle individuelle il y a quelques années encore, pèse boursièrement plus lourd que Merrill Lynch, la plus grande banque d'affaires du monde. Pourquoi une telle différence? Ch. Schwab met à la disposition des boursicoteurs américains un accès Internet convivial et peu onéreux qui lui a permis de voir sa clientèle s'agrandir considérablement au cours des derniers mois.

A la lueur de ces quelques cas, je constate que la capacité de distribution et/ou de communication par voie électronique présente une valeur boursière tout au moins supérieure à la création, la conception et la réalisation de produits ou de services. L'intelligence et l'imagination perdraient-elles de leur importance dans la société évoluée du XXIe siècle? Certainement pas, mais il faut toutefois se méfier de ces nouveaux géants que la bourse américaine a construits de toutes pièces au cours des derniers mois. A ce jeu, les sociétés Internet cotées pourront rapidement s'offrir les créateurs des produits dont ils assurent la promotion ou la commercialisation. Parallèlement, un phénomène de concentration semble déjà avoir lieu, les plus grands acteurs rachetant les plus innovateurs de manière à offrir une palette complète de prestations avec la meilleure technologie possible. Méfions-nous toutefois d'une intégration verticale trop prononcée où ces Internet Service Provider contrôleraient le contenant et le contenu. A l'inverse, si toutes les sociétés, aussi bien dans les services que dans l'industrie, qui appuient leur politique commerciale sur Internet bénéficiaient, même marginalement, de la prime Internet créée par la bourse, les cours de l'ensemble des marchés seraient globalement beaucoup plus élevés!

* Responsable UBP Gestion Institutionnelle.