On ne joue pas à la bourse. On investit. Et pourtant, vous entendrez souvent les professionnels vous dire «avec tel placement, vous jouez l'application de la nouvelle technologie X dans le secteur Y». Moi, quand j'entends le mot «jouer» dans le monde de la finance, je pense à John Meriwether. Ce nom ne vous dit pas grand-chose? Long Term Capital Management (LTCM) est sans doute plus évocateur. Il était le gérant de ce fonds de placement qui a subi des pertes de plus de 3 milliards de dollars en 1998. S'il avait été Européen, John Meriwether aurait probablement dû changer de métier et se faire oublier un peu. Américain pur souche, John, lui, crée JWM Partners, propose des fonds utilisant la même stratégie que LTCM. Même les locaux sont identiques.

J'ai rencontré John à Genève en 1994, peu après son départ de Salomon Brothers où il était qualifié de génie des obligations. Très à l'aise dans ses bretelles colorées, il avait plein d'anecdotes à raconter qui l'étaient tout autant. On s'amusait bien avec John. Et quand il m'a lancé: «Tu sais Michel, c'est plutôt une faveur que j'accorde aux clients de ta banque d'investir dans mon fonds», j'ai compris qu'il était également un as du marketing. Sauf que je me méfie un peu des gens qui prétendent avoir trouvé la martingale permettant de gagner à tous les coups, surtout lorsque leur stratégie repose sur des simulations informatiques: j'en ai peut-être trop utilisé moi-même pour croire que la formule magique existe. Et lorsqu'elle existe, elle n'est pas applicable.

Exemple: vous jouez le noir à la roulette et vous doublez la mise chaque fois que vous perdez. Imaginons que le rouge sort 20 fois de suite, puis le noir refait son apparition: vous récupérez alors toutes les pertes précédentes et gagnez la mise initiale. Sauf que si vous avez misé 100 francs au départ, vous devez poser plus de 52 millions sur le tapis juste avant d'entendre «rien ne va plus» pour la 21e fois. De plus, le règlement des casinos prévoit des mises plafonds, précisément pour enrayer les martingales. Avoir un capital de 52 millions pour être sûr de gagner 100 francs, c'est un peu le problème auquel était confronté John lorsqu'il pariait sur le rétrécissement de l'écart de rendement entre une obligation à 29 ans et sa sœur aînée d'une année. Pour n'avoir pas à bloquer autant de capital, John utilisait des options avec un levier gigantesque. Aujourd'hui, John propose de réduire le levier et promet des rendements de 15%, contre plus de 40% dans les belles années. Il a déjà levé 400 millions de dollars pour son nouveau fonds. Faites vos jeux au casino JWM.

*Responsable du conseil en investissements, Banque Edouard Constant, mgi@bec.ch