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Donald Trump envisage de favoriser le secteur automobile américain en taxant davantage les importations.
© MIKE BLAKE/Reuters

automobile

Colère européenne après les nouvelles menaces douanières de Donald Trump

Les réactions européennes à la volonté du président américain de taxer davantage les importations de véhicules sont vives. Il entend mettre fin à «des décennies de pertes d’emplois»

L’Union européenne et le secteur automobile allemand ont exprimé jeudi leur exaspération face aux menaces américaines d’imposer des taxes douanières accrues au nom de la «sécurité nationale», nourrissant les craintes d’un conflit commercial américano-européen.

Le président américain Donald Trump a ordonné mercredi une enquête sur les importations de véhicules aux Etats-Unis «pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale».

Une logique américaine «tirée par les cheveux»

Les Européens, qui tentent déjà d’échapper à des droits de douane accrus de 25% sur l’acier et 10% sur l’aluminium à partir du 1er juin, ont dénoncé une mesure «difficile à comprendre». «Il est très difficile d’imaginer que [les importations d’automobiles] créent la moindre menace à la sécurité nationale», a estimé le vice-président de la Commission européenne, Jyrki Katainen.

Volkswagen, numéro 1 mondial de ce secteur stratégique pour l’Allemagne, voit dans la décision américaine une forme de «protectionnisme unilatéral», quand BMW, géant du haut de gamme, réclame, lui, un «accès sans barrière» au nom de «la croissance et l’emploi dans l’économie mondiale». Très remontée, la fédération allemande des chambres de commerce DIHK a jugé «tirée par les cheveux» la logique américaine, y voyant une «provocation».

«Des décennies de pertes d’emplois»

En visite en Chine, également dans le viseur de Donald Trump pour son excédent commercial massif vis-à-vis des Etats-Unis, la chancelière allemande Angela Merkel a plaidé pour «le soutien au libre-échange», sans évoquer l’automobile en particulier.

Lire aussi: Les tensions Chine-Etats-Unis freinent déjà les échanges

L’annonce de Donald Trump est survenue quelques heures après un tweet promettant «de grandes nouvelles pour nos fabuleux constructeurs automobiles», victimes, selon lui, de «décennies de pertes de [leurs] emplois au profit d’autres pays».

Il vise en particulier les taxes européennes sur les importations de voitures en provenance des Etats-Unis et des pays hors UE, qui s’élèvent à 10%, quand les droits de douane américains ne s’élèvent qu’à 2,5%. Toutefois, au sein du secteur automobile, les Etats-Unis taxent les importations de camions et de pick-up à hauteur de 25%, contre 14% en moyenne pour l’Union européenne.

Les Américains aiment les voitures importées

«Il y a des preuves suggérant que, durant des décennies, les importations depuis l’étranger ont érodé notre industrie automobile nationale», a affirmé le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, cité dans un communiqué qui précise qu’en vingt ans, «les importations de véhicules particuliers sont passées de 32% à 48% du total des véhicules vendus aux Etats-Unis».

Les constructeurs allemands rejettent ces arguments, soulignant qu’ils produisent plus de voitures aux Etats-Unis qu’ils n’en exportent outre-Atlantique. Par ailleurs, ils emploient 36 500 personnes sur le sol américain, ce à quoi il faut ajouter environ 80 000 salariés des équipementiers automobiles allemands.

Et près de la moitié des unités produites par les groupes allemands aux Etats-Unis sont exportées vers l’Europe ou l’Asie, pesant positivement dans la balance commerciale américaine.

Les constructeurs japonais inquiets

Si les menaces de Trump font peur à Berlin, c’est qu’avec près de 29 milliards d’euros, les véhicules automobiles et pièces détachées représentaient en 2017 25% des exportations allemandes vers les Etats-Unis. A la bourse de Francfort, les groupes automobiles figuraient d’ailleurs parmi les derniers du Dax, BMW cédant 2,75%, Volkswagen 2,75% et Daimler 2,77%.

Lire également: La guerre commerciale se précise

Et l’Allemagne n’est pas seule à s’inquiéter. Le japonais Nissan exporte plus d’un tiers de ses 1,59 million de véhicules vendus aux Etats-Unis l’an dernier. «Des mesures de restriction de cette ampleur pourraient grandement perturber le marché, ce serait tout à fait déplorable», a réagi le gouvernement japonais.

Cette nouvelle escalade des tensions commerciales entre alliés s’ajoute à la liste des désaccords croissants entre Européens et Américains autour de la ligne «l’Amérique d’abord» de Donald Trump.

L’Allemagne, cible favorite

L’UE, la France et l’Allemagne tentent notamment d’organiser une riposte à la décision unilatérale américaine de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien et de menacer en conséquence de sanctions Téhéran mais aussi les entreprises étrangères qui commercent avec l’Iran.

Enfin, Berlin est depuis longtemps une des cibles favorites de Donald Trump. Dépenses militaires insuffisantes, accueil jugé dangereux de réfugiés musulmans, politique commerciale anti-américaine: Berlin, un allié pourtant quasi indéfectible depuis 70 ans, s’est retrouvé souvent sur le banc des accusés.

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