Coop vendra très prochainement des médicaments dans ses propres pharmacies. Hansueli Loosli, président de la direction, a profité de la publication des résultats annuels pour présenter Coop Vitality, le nouveau concept du groupe en matière de santé et beauté. Développé en collaboration avec l'entreprise de distribution de médicaments Galenica, Coop Vitality offrira sur une surface d'environ 400 m2 tous les produits et conseils relatifs à la santé et la beauté. Cosmétiques, produits de parfumerie, aliments de santé, articles pour bébés ainsi que des médicaments en vente libre et sous ordonnance y seront vendus. Cette pharmacie sera indépendante de la surface commerciale et pourra ainsi remplir les obligations légales en matière d'urgences (ouverture le dimanche ou la nuit).

Galenica assumera la responsabilité de la logistique. Le distributeur de médicaments, qui possède déjà quelques pharmacies, pourra confier la gérance ou gérer lui-même l'officine. Quant au pharmacien, il sera totalement indépendant, précise Coop.

Dans le but de développer ce projet, les deux sociétés vont créer ces prochaines semaines un joint-venture dont Coop détiendra 51% du capital. Le premier Coop Vitality devrait ouvrir ses portes d'ici à la fin de l'année et Hansueli Loosli a indiqué qu'une cinquantaine de pharmacies similaires devraient voir le jour dans les cinq prochaines années.

En lançant ce projet, le groupe bâlois entend bien se profiler dans un secteur profitable. Le marché suisse des pharmacies et des drogueries est estimé à près de 4 milliards de francs et Hansueli Loosli compte atteindre avec Coop Vitality un chiffre d'affaires annuel de 250 à 300 millions de francs. Mais Coop n'est pas le premier magasin à vendre des médicaments. La pratique est courante aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou aux Pays-Bas. En Suisse, quelques commerces de détail se sont également déjà lancés. La chaîne EPA a ainsi introduit une pharmacie dans un de ses magasins bâlois. Des médicaments avec ou sans ordonnance y sont vendus mais l'expérience a suscité la méfiance des pharmaciens. Quant au groupe Manor, il a développé un autre concept. Baptisé Sanovit, il s'agit d'un magasin (shop-in-shop) qui s'assimile à une droguerie. On y trouve environ 1000 produits de beauté et 700 médicaments en vente libre. Ceux-ci sont en moyenne entre 5 à 15% moins chers que dans une pharmacie traditionnelle. Manor, qui a lancé ce projet il y a deux ans, compte désormais onze magasins Sanovit, dont quatre en Suisse romande. Les affaires marchent bien – on parle de quelques millions de francs – et deux nouveaux magasins seront ouverts cette année, indique Marcel Meyer, responsable du projet. Quant à Migros, numéro un du commerce de détail, il n'envisage pas de vendre des médicaments, estimant que les pharmacies et les drogueries actuelles suffisent.

Ces initiatives ne suscitent pas la joie des pharmaciens indépendants. Actuellement, la Suisse compte près de 1700 officines et cette nouvelle concurrence met en danger la survie de certaines. Mais Coop se défend de vouloir «tuer» le métier. «Nous ne sommes pas contre les pharmaciens, nous voulons travailler avec», indique Felix Wehrle, responsable de la communication. «Notre projet offre en outre une opportunité pour des jeunes qui commencent le métier», ajoute-t-il. De plus, Coop n'entend pas être une pharmacie discount et casser les prix. La Société suisse des pharmaciens (SSP) craint ainsi que l'augmentation de la concurrence ne conduise à des fermetures. Elle demande en outre qu'en «aucun cas les pharmaciens responsables des Coop Vitality ne soient réduits au rôle de simples exécutants sous les ordres des deux partenaires». Or, c'est justement le personnel qui pourrait être le principal obstacle pour Coop. A l'instar de Manor, qui a énormément de peine à recruter des pharmaciens, souvent réticents à travailler dans une grande surface.