A Cologne, l’industrie du jeu vidéo chouchoute la communauté des gamers

Numérique Le salon Gamescom attire plus de 300 000 initiés durant quatre jours

Privée de grandes annonces, la foire mise tout sur le joueur, son meilleur ambassadeur

En ce jeudi matin caniculaire, la Kölnmesse est une fournaise. Tout autour du Palais des expositions de Cologne se pressent des milliers de gamers venus des quatre coins d’Europe. Pour entrer dans la Gamescom, le plus grand salon de jeux vidéo au monde, ces passionnés sont prêts à faire la queue pendant des heures. Les plus expérimentés ont amené des chaises pliables. Ils passeront la journée à faire la queue pour tester ne serait-ce que quelques minutes des jeux qui ne seront commercialisés que cet automne.

L’année passée, 335 000 personnes ont grouillé dans les 140 000 mètres carrés du salon. Pour cette édition, l’espace d’exposition a été porté à 193 000 mètres carrés, près de 2,5 fois le Salon de l’auto à Palexpo. Dans les couloirs de la Kölnmesse, des tribus d’elfes, des commandos militaires ou des robots solitaires ont déjà pris possession des lieux.

Moins de 12 ans, moins de 16 ans ou moins de 18 ans. A chacun sa couleur de bracelet. Le procédé vise à contrôler l’accès aux jeux considérés comme trop violents.

Pavillons thématisés, écrans scintillants, maquettes en taille réelle, figurants: les quelque 800 exposants rivalisent d’ingéniosité et d’égards pour capter l’attention des festivaliers. Çà et là, un chauffeur de salle fait monter la température pendant que les haut-parleurs crachent leurs décibels. Le dernier opus de Final Fantasy promet à la foule un «voyage sans frontière». Des parties de football virtuel de FIFA 16 sont diffusées et commentées sur des écrans géants. L’armée allemande a même parqué l’un de ses chars dans la halle 9. Hissé sur le capot, de jeunes centaures en tenue de camouflage et une déesse callipyge – Magnum chevillé au corps tel l’héroïne culte Lara Croft – jette des cadeaux vers la foule de smartphones crépitants. La Gamescom, c’est un peu Noël avant l’heure. Pour les joueurs, comme pour les vendeurs.

C’est en effet lors de ces salons que se joue une bonne partie de la saison des fêtes de fin d’année, très lucrative pour l’industrie vidéoludique. «Nous nous trouvons dans la deuxième année après la sortie des dernières consoles de Sony et Microsoft, explique Peter Züger, président de Swiss interactive entertainment association (SIEA) qui a fait le déplacement à Cologne. C’est historiquement une période clé avec la baisse du prix des plateformes et l’arrivée de jeux phares pouvant sceller le destin des consoles.»

Cette année, seules six semaines ont séparé la Gamescom du salon E3 de Los Angeles, réservé aux professionnels, et qui est traditionnellement le théâtre des grandes annonces de l’industrie. Sony a donc préféré annuler sa grande conférence pour se concentrer sur la Paris Games Week du mois d’octobre. Nintendo, pour sa part, a toujours préféré miser sur la discrétion lors de la Gamescom.

Microsoft – dont la console Xbox One affiche toujours une longueur de retard sur la concurrente PlayStation 4 – a bien senti le coup. La marque de Bill Gates, qui aspire à «faire mieux» en Europe, a multiplié les conférences et a communiqué de manière agressive durant tout le salon en mettant en avant sa gamme de jeux à venir et en présentant quelques nouveautés gardées sous le coude pour l’occasion.

Gil Grandjean, directeur marketing et ventes pour Ubisoft Suisse, est, lui aussi, convaincu par l’importance de l’événement: «La Gamescom, c’est la dernière ligne droite. Ce salon nous permet de montrer nos jeux aux gamers et de les faire connaître au grand public via la presse, les blogueurs ou autres YouTubers.»

Les développeurs n’ont d’ailleurs plus à la bouche que le mot «proximité». Concrètement, la réputation de chaque titre sur les réseaux sociaux est devenue un enjeu majeur. Une vague de critiques ou des commentaires négatifs d’un YouTuber influent peuvent en effet condamner un lancement. Les fabricants affirment tous chercher dans les critiques les outils pour améliorer leurs jeux et vouloir replacer le gamer au centre de l’équation. Récemment, Sega est même parvenu à assurer le développement de son jeu Shenmue III grâce à une campagne de financement participatif.

Plus qu’une démonstration de force, les salons sont avant tout un jeu de séduction. Et on comprend mieux ces manœuvres à l’aune des chiffres enregistrés par le marché du jeu vidéo, seule industrie culturelle où les ventes physiques ne diminuent pas, malgré la progression des téléchargements.

En 2015, plus de 13,5 millions de consoles et près de 134,8 millions de jeux vidéo ont été vendus dans le monde, selon le site VGChartz qui compile les données des revendeurs. En Suisse, le marché s’est accru l’an dernier de 15% à 244 millions de francs, selon l’institut de recherche GfK.

«La Gamescom, c’est la dernière ligne droite. Ce salon nous permet de montrer nos jeuxau grand public»