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Colorix ravive les couleurs à travers la planète

L’application de la société neuchâteloise inspire les fabricants de peinture du monde entier. L’entité romande vise le marché du contrôle qualité et de l’authentification

Colorix ravive les couleurs à travers la planète

Innovation L’application de la société neuchâteloise inspire les fabricants de peinture du monde entier

L’entité romande vise le marché du contrôle qualité et de l’authentification

David Maurer, fondateur de la société neuchâteloise Colorix, ne sait plus où donner de la tête. Son appareil qui mesure les couleurs rencontre un succès mondial. Pourtant, lors du lancement de la société, il y a douze ans, il essuyait des refus de la clientèle. «J’étais seul dans ma start-up et cela n’inspirait pas confiance», analyse-t-il avec le recul. Aujourd’hui, l’entrepreneur emploie huit collaborateurs et sous-traite la fabrication de son appareil à plusieurs entreprises entre Yverdon-les-Bains et Neuchâtel, ce qui donne du travail à une quarantaine de personnes. Son colorimètre se vend par milliers à travers la planète. La nouvelle version, qui a été finalisée au mois de juin, ouvre les portes à plusieurs nouveaux marchés.

Tout a démarré en 2003. David Maurer terminait ses études d’ingénieur en microtechnique au Locle. «J’y avais développé un appareil capable de nommer vocalement les couleurs. A la base, je le destinais aux aveugles afin qu’ils puissent assortir leurs habits afin de ne pas mettre, par exemple, un pantalon orange avec un pull rose», dit-il. Muni de trois capteurs de lumière, recouverts de filtres rouge, vert et bleu, l’appareil permet de nommer toutes les couleurs existantes. Pourtant, ce sont les peintres qui se sont montrés intéressés.

«Lorsqu’il s’agit de repeindre un mur possédant un graffiti, le peintre doit prendre son nuancier pour choisir la bonne couleur. C’est un travail qui n’est pas facile car la perception de la couleur dépend de l’éclairage, de la distance et de la texture du mur, explique David Maurer. Notre appareil est capable de trouver la bonne teinte en deux clics. Plus de 100 000 couleurs y sont référencées.»

En 2010, Colorix a mis sur le marché une version avec connexion Bluetooth, toujours destinée aux peintres et aux architectes. Parallèlement, la société a créé l’application Colorix.com pour iPhone. Celle-ci permet d’appliquer instantanément les couleurs du nuancier RAL sur une photo prise par smartphone. En quelques secondes, sur l’écran de l’utilisateur, la façade, le mur ou l’armoire est repeinte de la couleur de son choix. Une fonctionnalité permet de passer commande de peinture ou de demander les services d’un peintre avoisinant. «Nous enregistrons environ 60 téléchargements par jour, uniquement sur le marché suisse. Ce ne sont pas que des professionnels qui utilisent cette application mais également le grand public», précise David Maurer. Colorix a développé un annuaire avec différents points de vente. Chaque peintre paie 49 francs par année pour être référencé. «Aujourd’hui, nous en répertorions quelques milliers à travers le monde», relève David Maurer.

L’application de Colorix a fait des émules. Beaucoup de fabricants de peinture à travers le monde ont souhaité développer leur application «maison». Ils ont mandaté la société neuchâteloise, qui s’est chargée de réaliser des «apps» similaires pour 31 fabricants, dont 3M, RAL ou Nippon Paint, le deuxième plus important fabricant de peinture en Asie. «Nous conservons pour chaque application une licence annuelle», explique de directeur de l’entreprise, qui vise désormais d’autres secteurs, à l’exemple de la cosmétique ou de la dermatologie.

Soutenue en 2011 à hauteur de 500 000 francs par BCN Innovation, la société a lancé en juin 2015 un nouveau colorimètre, baptisé Colorcatch Nano. Celui-ci a nécessité quatre ans de développement. Son prix : 489 francs. L’appareil, devenu sphérique, s’est affranchi de l’écran LCD. Il est désormais intiment lié aux smartphones et tablettes. Posé directement sur n’importe quelle surface, il révèle les détails et la couleur de chaque pixel avec netteté et précision. Il s’agit d’un véritable microscope portable. «Nous ne craignons pas la concurrence car nous avons une longueur d’avance. Des milliers de commandes ont déjà été passées. Les demandes explosent», affirme David Maurer, qui fait la démonstration de l’appareil sur un billet de 100 francs. Des lettres, invisibles à l’œil nu, apparaissent à l’écran dans la chevelure de Giacometti. Colorix compte ainsi s’attaquer à de nouveau§x marchés, à l’exemple du contrôle qualité ou de l’authentification. «Nous avons déjà reçu des commandes de groupes horlogers. Nous pourrions également imaginer qu’un emballage de médicaments soit imprimé avec quelques points de couleur invisibles à l’œil nu mais repérables avec notre appareil. Il serait aisé de repérer d’éventuelles contrefaçons», explique David Maurer, qui ne révèle toutefois aucun chiffre sur la marche des affaires de sa société. «Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous sommes rentables et autofinancés. Et nos sous-traitants actuels sont en mesure de produire jusqu’à 1 million de colorimètres par année.»

«A l’époque, j’étais seul dans ma start-up et cela n’inspirait pas confiance»

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