S'il est un signe sous lequel s'est placée l'arrivée de l'anglais Colt Telecom en terre genevoise, c'est bien celui de la rapidité. A peine débarqués ou engagés vers la fin de l'année dernière, ses responsables entamaient les démarches nécessaires à l'implantation d'un réseau de fibres optiques dans le sous-sol de la cité de Calvin. Il aura certes fallu un peu plus de temps que prévu pour obtenir les autorisations nécessaires, mais la boucle de l'opérateur, également présent à Zurich, est désormais une réalité, inaugurée en bonne et due forme et constituant le premier réseau privé de fibres à Genève. Aujourd'hui, 25 kilomètres de câbles ont été posés et Colt, qui est en train de prendre ses quartiers dans l'immeuble de la Poste à Montbrillant, compte déjà 19 collaborateurs. Un chiffre destiné à croître au fil du développement de ses activités.

Ces concepts de rapidité et d'efficacité n'ont pas fait défaut lors des travaux servant à relier les deux bâtiments genevois de Reuters au réseau de Colt. Il y a quelques jours en effet, les deux sociétés, déjà en partenariat au niveau de plusieurs boucles locales de l'opérateur sur le Vieux Continent, ont étendu leur accord aux liaisons internationales de Reuters. «Ce qui a présidé à ce choix, précise Marcel Corminboeuf, en charge du contrat pour Reuters, tient à deux critères bien précis. D'une part, Colt possède la maîtrise technique dans la pose des câbles et de l'autre, il est un des seuls opérateurs à proposer un système reliant directement nos bâtiments à son réseau. En terme de sécurité, c'est primordial.»

Pour Reuters, la qualité est un principe sur lequel on ne lésine pas. «La clé de notre succès tient au fait que nous sommes capables de fournir un service d'informations financières à nos clients en continu, sans crainte de panne, poursuit Marcel Corminboeuf. Et cela équivaut à la sécurité de notre système basé sur la redondance des réseaux.» Chaque centre européen de Reuters est ainsi servi par deux fournisseurs différents: en général un opérateur local et un concurrent, de manière à pallier à toute éventualité d'interruption des lignes. De plus, pour respecter ce même concept, tous les centres techniques de l'agence financière sont en liaison directe avec ses deux sièges de Londres et de Genève, désormais clients de Swisscom et de Colt.

En privilégiant Colt, Reuters a trouvé un opérateur qui travaille exactement sur le même concept: la duplication des services assurant une sécurité de télécommunications à 99,9%. Non seulement toute l'infrastructure installée à Montbrillant est dédoublée, mais son réseau est conçu comme une boucle fermée permettant, en cas de rupture de câble, de «rerouter» la transmission des données et de la voix dans l'autre sens, sans que le client s'en aperçoive. Et pour bien marquer la sécurité de son système, la compagnie s'expose par contrat à des pénalités si une panne n'était pas réparée dans les deux heures. Autre point fort, le volume de transmissions mis à disposition. Avec un câble contenant 156 fibres d'un potentiel de 2,5 gigabits/seconde par paire, le réseau de Colt vers Reuters a amplement de quoi absorber ses besoins d'augmentation de bande passante de 40% en moyenne par année.

Autre originalité de la démarche: c'est par voie lacustre que l'agence d'information financière sera reliée de part et d'autre du lac pour former un réseau triangulaire parfait. Les 6 kilomètres de câbles produits par Alcatel Suisse à Cortaillod vont donc suivre un tracé épousant rigoureusement les contours des fonds lacustres, protégés par des tubes et des coussins de béton jusqu'à une profondeur de 10 à 15 mètres. A ce jour le bétonnage et la pose des tubes sont en phase terminale. Le déroulement du câble aura lieu dans une dizaine de jours à un rythme de deux kilomètres à l'heure.

C'est Zschokke qui s'est vu confier la réalisation des travaux, sous la direction de Fibre Lac, une jeune société réunissant les ingénieurs qui avaient déjà orchestré la pose d'un câble lacustre entre Genève et Villeneuve en 1997. Mais contrairement à ce projet qui avait nécessité deux ans de discussions préalables entre les six partenaires, celui de Colt est allé très vite, conformément à sa devise. De la mise à l'enquête à la connexion finale prévue avant la fin de juillet, il se sera déroulé à peine trois mois. Pour les quelque dix jours à venir, les badauds en balade le long des quais pourront ainsi observer le travail des barges lacustres. Une vision qui devrait d'ailleurs se répéter dans les mois et les années à venir, tant Genève est destinée à être sillonnée par des câbles de télécommunication.