Matières premières

Combat de titans entre Glencore et la Bolivie

La Paz a nationalisé une mine de zinc et deux usines de la multinationale suisse, qui s’en est plainte en justice et exige 675 millions de dollars de compensation. La façon dont le géant zougois a obtenu ses actifs laisse songeur, rétorque le pays andin. Zoom sur une épopée qui pourrait basculer avec le départ d’Evo Morales

4h30 du matin. Devant l’entrée de la mine de zinc de Colquiri, à 200 kilomètres de La Paz, les gardes ne peuvent rien faire. Dans cette aube du 30 mai 2012, un millier de Boliviens alcoolisés munis de bâtons de dynamite ont la ferme intention d’occuper les lieux. Ils bloquent l’accès aux mineurs qui commencent leur tournus, en blessent une quinzaine et occupent le lieu. Glencore, un géant des matières premières établi dans le canton de Zoug et qui exploite le gisement, a beau s’en plaindre officiellement à La Paz, rien n’y fait: 21 jours de violences et de tensions plus tard, un décret gouvernemental fait savoir que la Corporación Minera de Bolivia (Comibol), une entreprise étatique, contrôle désormais la mine. Colquiri est nationalisée.

Pour Glencore, c’est un nouveau revers dans les Andes. En mai 2010, sa fonderie d’antimoine (un métalloïde utilisé dans des alliages qui augmente notamment la dureté du plomb), dans le département voisin d’Oruro, était nationalisée. Trois ans plus tôt, en février 2007, l’armée bolivienne avait forcé le portail de son usine voisine, la plus grande fonderie d’étain du pays, et installé sur sa façade une bannière affichant un seul mot: «Nacionalizado». Evo Morales avait déboulé dans la foulée pour annoncer, sur place, la reprise de Complejo Metalurgico Vinto, la société de Glencore, propriétaire des lieux.