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Combien coûte le touriste?

Comme Amsterdam l’année dernière, Barcelone veut comparer les coûts réels de l’industrie touristique aux recettes. La mairie veut mieux répartir la charge entre les acteurs qui en profitent

Barcelone. A la nuit tombée, les fêtards forment un long cortège des ramblas jusqu’au bout du passage maritime. Rabatteurs, porteurs de bières et d’autres substances se disputent l’attention des promeneurs sur des centaines de mètres. Au petit matin, une armée de nettoyeurs viendront emporter les restes et lustrer les trottoirs. Le modèle barcelonais de turismo de copas, ou «tourisme de verrée», emploie 90 500 personnes dans l’hôtellerie ou la restauration. Mais il a aussi un coût.

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Début octobre, la mairie dirigée par l’ancienne militante pour le droit au logement Ada Colau a mandaté une étude qui prendrait également en compte les aspects sociaux et environnementaux du tourisme. Soit les nuisances sonores, mais aussi les frais supplémentaires liés au nettoyage, à la sécurité ou au maintien de services nécessaires aux villes hébergeant une forte population de vacanciers. Le phénomène est encore plus marqué dans les petites municipalités de la Costa Brava où les infrastructures (mobilité, gestion des eaux, électricité, etc.) sont surdimensionnées, hors période estivale.

Nouvelle clé de répartition

La thématique de l'«overtourisme» est de plus en plus débattue en Europe et dans le monde. Si personne ne remet en cause les bénéfices d’une industrie capable de générer 1300 milliards de dollars en 2017, ses coûts restent très inégalement répartis. Sous la pression des associations de résidents, les villes qui paient le plus lourd fardeau cherchent à repenser la clé de répartition.

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En 2017, Barcelone a accueilli neuf millions de visiteurs dans son centre-ville (en hausse de 4,6%), qui dépensent en moyenne 84,70 euros par jour, selon les chiffres de la mairie. Mais cette dernière veut aller plus loin. L’analyse des coûts par touriste serait une première. Elle permettrait de repenser la fiscalité et la clé de répartition des coûts au niveau régional mais aussi national.

Pour l’heure, il n’existe qu’un impôt sur l’activité touristique. Et c’est le gouvernement régional qui le perçoit. La taxe sur les séjours oscille entre 0,65 et 2,25 euros par nuit, suivant le type d’hébergement. Même si une partie est reversée aux municipalités, Barcelone n’a perçu que 10,4 millions d’euros des 22,3 millions qu’elle a collectés entre janvier et septembre dernier. Sans parler de la prolifération des hébergements non déclarés qui ne paient encore aucune taxe. Pour les traquer et les mettre sur un pied d’égalité avec les hôtels, la mairie souhaiterait leur augmenter l’impôt sur les biens immobiliers (IBI).

Faux touristes, vrais Amstellodamois

Amsterdam. Largement soutenu par le développement de l’aéronautique et l’hébergement low cost, le nombre de visiteurs y a augmenté de 60% sur la dernière décennie. Mais «la majorité des bénéfices du tourisme sont empochés par de grandes entreprises, la plupart étrangères, et les autorités ne prennent pas en compte l’entièreté des coûts», soutient une étude menée par la plateforme d’investigation Investico et le magazine De Groene Amsterdammer, publiée en mai 2017.

Exemple? Sur les 17 millions de visiteurs comptabilisés, la moitié seraient en réalité des locaux mangeant au restaurant ou chez des amis. Les estimations relatives aux emplois créés par le tourisme varient aussi du simple au triple en fonction de la source. La plupart des 61 000 postes (ou 154 000) sont à temps partiel dans des bars ou lieux de restauration et sont donc aussi liés à des services utilisés par les Amstellodamois, soutiennent les auteurs de l’étude.

Frais d’infrastructures, subsides d’infrastructures culturelles et frais de marketing inclus, le tourisme coûterait en réalité à la capitale néerlandaise 71 millions d’euros par an. Soit davantage que les 64 millions collectés via les taxes touristiques. La mairie espère rééquilibrer la balance grâce à son accord obtenu début 2018 avec la plateforme d’hébergement Airbnb.

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