Probablement d’un seul – si c’est le bon… Pourtant, aujourd’hui, les réseaux sociaux ont multiplié la possibilité d’avoir des contacts. L’utilisateur moyen de Facebook a 155 amis sur son réseau. Les jeunes adolescents sont plus actifs et arrivent à environ le double. Une étude sur les étudiants du campus de l’université de Californie à Los Angeles a montré qu’ils avaient plus de 440 amis. Peut-être, ont-ils plus de temps…

Donc, tout le monde a des amis partout. Pas moins de 1,2 milliard de personnes dans le monde utilisent Facebook et 79% des adultes américains sont accros du réseau. Dans bien des cas, le nombre de contacts est aussi une question de prestige. Sur LinkedIn le seuil de crédibilité semble avoir été fixé à 500 contacts, et sur Twitter le président Trump aurait plus de 20 millions de personnes qui suivent ses messages.

Mais peut-on gérer une telle explosion d’amitié? Robin Dunbar, un anthropologue de l’Université d’Oxford, et son collègue Russel Hill ont voulu en savoir plus. Existe-t-il un nombre optimal de contacts que nous pouvons «mentalement» gérer?

A l’origine Dunbar et Hill sont partis d’une idée toute aussi brillante que simple: combien de cartes de Noël envoyait une famille typique au Royaume-Uni, il y a une vingtaine d’années? L’envoi de vœux en fin d’année est une procédure laborieuse qui demande du temps, des efforts pour acheter les cartes ou trouver les adresses et qui est donc limitée aux contacts essentiels: 25% aux parents, deux tiers aux amis et le reste à des collègues de travail. Le résultat est relativement homogène à travers tout le Royaume: 153,5 cartes!

Ce chiffre, arrondi à 150, semble être imprégné dans notre cerveau. Les anthropologues estiment que les premiers villages comprenaient justement 150 personnes. Du point de vue militaire, la plus petite section dans la plupart des armées regroupe autour de 150 personnes. En fait, ce chiffre de 150 se retrouve dans une multitude de structures «spontanées» de notre vie.

Même les entreprises se posent souvent la question de scinder une division quand elle dépasse ce nombre fatidique, celui où on se rappelle difficilement du nom et des visages de tous les collaborateurs. Sur Facebook, les utilisateurs retrouvent donc, intuitivement, le même ordre de grandeur. Chacun se rend compte que le nombre de contacts ne va pas de pair avec la qualité. Lors de sondages, les utilisateurs de Facebook estiment que seuls un quart de leurs contacts sont des «vrais» amis.

La multiplication des contacts implique aussi une vulnérabilité croissante par rapport aux spams, aux commentaires malveillants ou extrémistes, voire même au harcèlement. Le gouvernement allemand est en train d’introduire une législation pour protéger les utilisateurs. Enfin, sous la pression, plusieurs réseaux sociaux ont aussi décidé de s’attaquer aux atteintes à la vie privée. Si la plupart des utilisateurs ne sont pas des victimes consentantes, beaucoup ont quand même péché par naïveté ou imprudence.

La question des amis pose aussi celle des ennemis. En économie, une entreprise peut être à la fois un concurrent, un fournisseur, un client ou un partenaire d’une autre entreprise. Tout se mélange. Pour les personnes, il en est de même. Les Anglo-Saxons ont donc créé le terme de «frenemies» (friends – enemies; amis – ennemis, en français). Savoir qui est qui, et quand: tout est là.


* Président du Conseil d’administration du «Temps»