Swatch Group a abusé de sa position dominante dans le domaine de la vente de pièces détachées de mouvements horlogers mécaniques. Il ne pourra pas, comme il en avait l'intention, cesser ses livraisons d'ébauches (mouvements horlogers en kit) à des tiers dès 2006. En bouclant son enquête ouverte le 4 novembre 2002 à la suite de plaintes déposées notamment par les sociétés Jaquet SA et Sellita Watch Co SA, la Commission de la concurrence (Comco) a estimé que «la réduction et la cessation complète des livraisons d'ébauches doivent être qualifiées de refus illicite d'entretenir des relations commerciales et donc d'abusif au sens de la loi sur les cartels». Finalement, un accord amiable entre Swatch Group et la Comco contraint le premier groupe horloger mondial à livrer des ébauches en quantités équivalentes à ces dernières années jusqu'en 2008 inclus, puis 50% de ce volume en 2009 et 25% en 2010. Un calendrier qui doit à laisser le temps à des initiatives alternatives de se développer.

Par la nature de son activité – assemblage de mouvements ETA – et le volume acheté à Swatch Group (un million d'ébauches par an), la société Chaux-de-Fonnière Sellita Watch Co et ses 170 emplois était la plus menacée par la décision du premier groupe horloger mondial. Son directeur, Miguel Garcia, se montre évidemment très satisfait de la décision de la Comco: «Cela nous donne plus d'oxygène et nous travaillons depuis deux ans sur de nouvelles alternatives.» Puis d'ajouter: «Nous avons été les porte-voix de nos 350 clients qui ont continué à nous faire confiance pendant ces deux ans malgré les sollicitations de Swatch Group. Nous allons désormais mettre en œuvre des stratégies nous permettant de nous rendre totalement indépendants de Swatch Group dans les délais impartis.»

«Alerter l'industrie horlogère»

Directeur de Jaquet SA, Frédéric Wenger voit également d'un très bon œil la décision de la Comco. Comme d'autres, cette société utilise les mouvements de base ETA sur lesquelles elle ajoute des modules additionnels dans le développement desquels elle est spécialisée. Elle vend ensuite uniquement les modules ou les mouvements complets à de nombreuses entreprises horlogères souvent prestigieuses. «Cette décision est une chance réelle pour nous de devenir indépendant des ébauches de Swatch Group, commente Frédéric Wenger. Nous avons pour ambition de produire nos propres ébauches pour la réalisation de notre propre mouvement de base. Le temps à disposition n'est pas énorme, mais pourrait être suffisant.»

Même satisfaction du côté de Swatch Group et de son CEO Nick Hayek: «Par notre décision de ne plus livrer d'ébauches dès 2006, nous avons voulu alerter l'industrie horlogère pour que ses acteurs prennent conscience qu'ils ne pouvaient pas attendre que le Swatch Group livre indéfiniment tous les composants importants de la montre. A cet égard, nous avons provoqué une réaction et nous sommes heureux de savoir que notre décision obligera d'autres acteurs à émerger. Car la véritable compétition n'est pas interne à la Suisse, elle est celle que doit livrer la Suisse – et si possible ses multiples acteurs – face à l'étranger.»

Est-ce à dire que Swatch Group ne livrera plus du tout d'ébauches à des tiers dès 2011? «Notre stratégie est claire, affirme Nick Hayek. Nous sommes d'abord un groupe avec dix-huit marques horlogères de renommée mondiale. Ensuite nous voulons livrer des mouvements, pas des ébauches. La livraison d'ébauches n'est pas notre métier. Ce qui était vrai il y a 20 ans ne l'est plus forcément aujourd'hui. Notre structure et nos infrastructures de production ne sont pas adaptées à cela. Viendrait-il à l'idée des constructeurs automobiles d'acheter toutes les pièces détachées d'un moteur chez un seul constructeur et de se contenter de cette offre?»