métaux précieux

La Comco enquête sur les prix de l’or

UBS, Julius Baer et cinq autres banques sont soupçonnées d’avoir manipulé les cours. Les investigations pourraient durer jusqu’en 2017

Après le scandale de la manipulation des taux d’intérêt Libor et des taux de change, ce sont désormais les prix de l’or et d’autres métaux précieux qui sont scrutés par la Commission de la concurrence (Comco). L’autorité soupçonne sept banques, dont UBS et Julius Baer, d’avoir «éventuellement conclu des accords illicites à la concurrence dans le cadre du négoce de métaux précieux», selon un communiqué diffusé lundi.

La Comco dit disposer «d’indices» montrant que ces établissements, incluant aussi Deutsche Bank, HSBC, Barclays, Morgan Stanley et Mitsui, se sont entendus pour fixer les prix, notamment les «spreads», c’est-à-dire les écarts entre le cours demandé et le cours offert (lire également ci-dessous). Outre l’or, les prix de l’argent, du platine et du palladium font partie de l’enquête, entamée il y a quelques mois à la suite d’informations reçues par la Comco, qui ne veut pas en dire davantage sur sa source. Sans entrer dans les détails, elle admet en outre avoir eu des contacts avec les autorités de la concurrence de l’Union européenne et des Etats-Unis sur ce dossier. Car, des deux côtés de l’Atlantique, des investigations sont en cours, depuis août en Europe et depuis février aux Etats-Unis. Ces dernières concernent aussi des établissements suisses.

En Suisse, l’enquête mobilise trois personnes et risque de durer «plutôt des années que des mois», a estimé Olivier Schaller, vice-directeur de la Comco, qui met en avant la complexité du dossier et les sommes d’informations à traiter. La procédure pourrait ainsi durer jusqu’en 2017.

De son côté, la Finma a conclu une procédure d’«enforcement» en 2014 à l’encontre d’UBS en lien avec les activités de négoce de devises et de métaux précieux de la banque. La Finma indique de ne pas avoir mené des procédures d’«enforcement» contre d’autres banques dans ce contexte. Selon Bloomberg, UBS aurait reçu une «immunité conditionnelle» dans l’enquête de la Comco, car elle se serait dénoncée tôt. L’autorité n’a pas commenté.

L’annonce de la Comco n’a pas surpris les spécialistes du secteur. «Les craintes d’une possible manipulation du marché des métaux précieux ne sont pas nouvelles», affirme Peter V. Kunz, directeur de l’Institut de droit économique à l’Université de Berne, qui fait référence à l’enquête lancée aux Etats-Unis. «A travers l’écart entre l’offre et la demande, on vise un avantage d’informations des grands acteurs par rapport aux investisseurs», souligne le professeur. «Ce n’est pas une surprise, mais il s’agit uniquement du lancement d’une enquête. Il est beaucoup trop tôt pour évoquer d’éventuelles sanctions», observe-t-il.

De son côté, la Comco reste également prudente sur ce point. Selon la législation, des montants correspondant au maximum à 10% du chiffre d’affaires généré en Suisse au cours des trois dernières années peuvent être infligés, a précisé Olivier Schaller.

«Il est évident que le marché des métaux précieux est manipulé, comme l’a été le Libor et d’autres», affirme Pierre Leconte, gérant de fortune indépendant et président du Forum monétaire de Genève. Il s’appuie non pas sur l’écart entre l’offre et la demande, le point critique selon la Comco, mais sur les différences de taille entre les marchés titrisés et physiques. «Le volume d’activité sur la bourse du Comex [le principal marché au monde pour le négoce des métaux précieux, à Chicago, ndlr] est plusieurs fois supérieur à celui du marché physique. Il est donc aisé d’imposer une direction au marché avec des petits montants sur les marchés à terme, avance-t-il. C’est la dissociation entre le prix du métal physique et le prix du métal papier qui facilite la manipulation de l’or», estime l’économiste.

Lundi, l’once de métal jaune affichait un recul de 1,36% à 1131,05 dollars. «La baisse de l’or n’est pas seulement liée à la décision de la Comco, a cependant nuancé Alessandro Bee, analyste auprès du groupe Safra Sarasin. L’or est davantage fonction des changes, de l’aversion au risque et des craintes d’inflation.»

 

«Il est beaucoup trop tôt pour évoquer d’éventuelles sanctions» pour les banques concernées

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