La grogne des consommateurs remonte à l’été 2011, lorsque le franc devenait de plus en plus fort face à l’euro, et que les prix des biens importés ne baissaient pas vraiment. Entre mars et août, le franc suisse s’est valorisé de près de 20%.

Les différents acteurs, fournisseurs, importateurs et grands distributeurs se renvoyaient la balle en disant qu’ils n’étaient pas responsables de la situation. Ils ­juraient leurs grands dieux que la concurrence jouait. Qui de Coop, Denner, Procter & Gamble ou d’au­tres fournisseurs et distributeurs travestissait la vérité? La Commission de la concurrence (Comco) a tenté de démêler l’écheveau.

Elle a ouvert en juin 2012, un an après l’été chaud 2011 pour avoir suffisamment de recul selon le rapport publié jeudi, une enquête préalable destinée à trouver des indices de distorsion de concurrence. La Comco a cherché des preuves d’entente horizontale (entre Denner et Coop par exemple), ou verticale (entre Procter & Gamble et Coop par exemple) qui expliqueraient l’absence ou la faible répercussion du taux de change favorable sur les prix à l’étalage.

Le secrétariat de la Comco n’a rien trouvé de répréhensible et a annoncé hier que cette dernière renonçait à ouvrir une enquête approfondie. «L’enquête n’a pas révélé suffisamment d’indices de restrictions illicites à la concurrence qui auraient empêché une transmission des effets de change», explique la Comco. Le rapport d’une soixantaine de pages accompagnant ces conclusions montre cependant que toutes les données désirées n’ont pas pu être fournies par les participants à l’enquête. 22 fournisseurs et producteurs de biens étrangers, dont l’identité n’est pas révélée «pour des raisons de secret d’affaires», ont été interrogés, de même que les grands distributeurs suisses, dont Coop, Migros et Denner.

La vente de 330 produits majeurs pour un chiffre d’affaires de 2 milliards de francs a été examinée. L’éventail comprend, selon nos sources, tous les produits, notamment Nutella, Nivea, et une partie de la gamme du fabricant Procter & Gamble qui ont fait l’objet de comparaisons de prix critiques en 2011.

«Les gains de change ont été le plus souvent répercutés», constate Patrik Ducrey, vice-directeur du secrétariat de la Comco. Le report a cependant pu se faire de manière différée, par exemple par le lancement d’actions ciblées sur tel ou tel produit. «Le détaillant est finalement libre de répercuter les rabais obtenus quand et comme il l’entend, sinon ce serait justement une entente sur les prix», constate Patrik Ducrey. Il pense que la pression médiatique a incité les grands distributeurs à répercuter les gains de change sur les consommateurs.

Le rapport relève que l’effet de change est faible sur l’ensemble du prix d’un produit. Une grande partie des frais, y compris ceux de marketing pris en charge par le fournisseur, est en effet facturée en francs suisses et non en euros. Une différence de cours de change de 10% devrait aboutir à une réduction de 2,8% du prix à l’étalage. 20 fournisseurs sur 22 ont déclaré autoriser les importations parallèles. Pourtant, la plupart des distributeurs n’ont pas utilisé cette possibilité en invoquant des raisons de «sécurité de la chaîne d’approvisionnement».

Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC), ne se dit pas surpris par la conclusion de la Comco. «Il n’y a pas d’infraction formelle à la loi sur les cartels, mais on peut tout de même parler d’entente tacite et de cloisonnement volontaire du marché pour empêcher les importations parallèles», explique-t-il. Selon lui, il suffit aux fournisseurs de ne livrer que la quantité nécessaire au marché allemand, par exemple, pour empêcher les commerçants suisses de s’approvisionner de manière sûre et régulière en Allemagne. «Le problème est que nous n’arrivons pas à identifier précisément qui est responsable du «surcoût» suisse, note Nadia Thiongane, économiste à la FRC.

Le cloisonnement

du marché expliquerait

le faible recours

aux importations parallèles