Commerce de détail

Commander ses courses et ses repas sur la même plateforme

Migros Genève s’allie à la plateforme de commande de repas en ligne Smood, pour la livraison express de ses produits. Un partenariat jugé stratégique dans un marché soumis à forte concurrence, où les frontières entre commerce de détail et restauration tendent à s’estomper

Les puristes peuvent souffler; ils pourront même commander le vin de fondue en ligne. Annoncé à la presse lundi, le partenariat entre Migros Genève et la société de livraison de repas Smood devrait intégrer prochainement aussi l’offre des caves à vin Nicolas, partenaires du géant orange. Ces boissons devraient s'ajouter «dans les mois à venir» aux quelque 2500 références disponibles dès mercredi dans le canton sur la plateforme de vente en ligne, a promis Marc Aeschlimann, patron de Smood. Cette nouvelle alliance dédiée au commerce en ligne réduit encore un peu la distance entre supermarchés et restaurants.

Sur un marché de la livraison qui compte déjà de nombreux acteurs, à commencer par le supermarché en ligne LeShop.ch, filiale du groupe Migros, les deux partenaires misent sur la rapidité: «Le temps de livraison sera de 45 minutes, dans tout le canton, pour une commande minimale de 15 francs seulement», a précisé Marc Aeschlimann. Pour Migros Genève, il s’agit aussi de s’allier avec un partenaire «en ligne avec la philosophie de l’entreprise», a souligné Didier Eicher, membre de la direction de Migros Genève

Se distancier des polémiques

Autrement dit, une société éloignée des polémiques, contrairement au service de livraison Uber Eats, filiale de la société de chauffeurs Uber, régulièrement sous le feu des critiques pour ses pratiques sociales controversées. Détail cocasse, Migros Zurich s’est fait épingler ce week-end par la SonntagsZeitung pour son service de livraison de courses entre particuliers, nommé Amigos: celui-ci faisait appel à des chauffeurs indépendants, jusqu’à ce que la caisse AVS du canton ne tranche récemment en les considérant comme des employés du géant orange.

«Nous travaillons avec des livreurs qui sont nos salariés. Par ailleurs, nous payons nos impôts et la TVA en Suisse», a coupé court Marc Aeschlimann.

Le prix de livraison, dès 4,85 francs, correspond à ceux du marché. Et, à moyen terme, Smood envisage d’étendre les horaires de livraison, pour l’instant identiques à ceux d’ouverture des magasins, aux soirées et au dimanche, a ajouté Marc Aeschlimann.

Lire aussi: Marc Aeschlimann: «Face à Uber Eats, Smood s’étend»

Cette alliance gomme encore un peu les étroites frontières entre commerce de détail et restauration. Une tendance croissante, «étroitement liée aux nouvelles habitudes de consommation, qui elles-mêmes sont influencées par divers facteurs démographiques: projets familiaux plus tardifs, davantage de ménages composés d’une personne, ou encore une mobilité du travail accrue, notamment», analyse Marco Vincenzi de l’institut BAK Economics.

Conséquence: les gens cuisinent moins. Pour les détaillants, ces offres de plats cuisinés permettent de contrer le glissement des revenus vers la restauration rapide et même de les étoffer quelque peu avec des marges plus intéressantes sur les produits finis, poursuit l’expert. En témoigne la multiplication des points de vente mêlant supermarché, café et petite restauration par Migros, mais aussi de Coop, ou encore des boulangeries Pouly, principalement dans les lieux de passage comme les gares.

Connaître son client

«Les distributeurs cherchent en outre à se rapprocher toujours plus du consommateur final pour connaître et ainsi anticiper au mieux ses attentes», observe de son côté Markus Koch, spécialiste du secteur des produits industriels et de consommation au sein du cabinet de conseil Deloitte Suisse. L’utilisation de plateformes en ligne, qui gèrent la vente et la livraison, permet d’affiner ces connaissances. «Leur apparition a aussi, en un sens, obligé la distribution à se numériser: si elles ne s’emparent pas de ces données, d’autres le feront à leur détriment», poursuit l’expert.

Lire également: Smood.ch et EAT.ch affirment pouvoir résister à Uber Eats

Les restaurateurs traditionnels sont quant à eux confrontés à une baisse de leurs chiffres d’affaires, à la faveur de la restauration rapide. «La livraison de repas leur permet de pallier quelque peu ce phénomène», constate encore Markus Koch.

Enfin, pour Smood, cette alliance conclue avec Migros, «c’est une manière de diversifier ses activités, dans un marché de la livraison soumis à une concurrence toujours plus forte, avec un nombre d’acteurs appelé à croître encore», conclut l’expert.

Publicité