S'il fallait donner un signe clair que la BCGE, et surtout son conseil d'administration, reste sous l'influence totale de la politique, c'était bien celui-là. Jeudi, son organe faîtier a décidé à l'unanimité de mandater un avocat pour «se constituer partie civile dans la procédure pénale en cours». De plus, elle veut chiffrer le dommage qu'elle a subi avant d'engager une action en responsabilité civile.

A combien s'élève ce dommage? L'expert choisi devra remonter à avant la fusion entre la CEG et la BCG pour évaluer ce que la BCGE aurait pu gagner si les crédits pourris, aujourd'hui dans la Fondation de valorisation, n'avaient pas été donnés ou si elle avait pu en dénoncer une partie. Concrètement, sur la base des seuls chiffres donnés vendredi en conférence de presse (volume d'emprunts supplémentaire, pertes sur emprunts et dérivés, coût de la Fondation, nouvelles provisions, plan social, charges extraordinaires, etc.), on peut déjà articuler le montant de 389,7 millions.

Les organes de la banque jurent leurs grands dieux que leur démarche est motivée par le besoin d'être informés sur la procédure pénale. Comme si leur actionnaire principal, qui fait la pluie et le beau temps dans leur bilan, ne pouvait pas les convoquer pour la leur fournir! La décision, clairement politique, est par ailleurs embarrassante pour les actuels administrateurs de la BCGE. Une partie d'entre eux, dont l'actuel président, devrait aussi assumer des décisions qui sont aujourd'hui reprochées à ceux que la justice a inculpés. Faudrait-il qu'ils se constituent partie civile contre eux-mêmes? Ne sont-ils pas aussi responsables?

L'an passé, on avait pu penser que la cloche étatique sur la BCGE allait sauter. Une ministre chargée des Finances avait même assuré que l'Etat redevenait un simple actionnaire. Que celui-ci attaque les présumés coupables est une chose. Qu'il oblige la BCGE à en faire autant risque, dans le cadre d'un éventuel procès, de se retourner contre lui.