Dollar fort ou dollar faible? Le silence actuel des autorités américaines ne tient pas que du calcul. Aucun gouvernement ne peut revendiquer une monnaie faible, sous peine de passer pour antipatriotique! Mais tout le monde voit bien l'intérêt des Américains dans la dépréciation actuelle du billet vert: elle limite le déficit commercial, ce que le président réélu souhaite.

Toutefois, pour parler taux de change, encore faudrait-il que Washington dispose d'une réelle crédibilité en la matière. Or, le secrétaire au Trésor, John Snow, a pour le moins épuisé la sienne. Plus personne n'est dupe du double jeu qu'il a mené avec George Bush (le président officiellement pour un dollar fort, lui chargé de faire comprendre le contraire). Il n'a en outre de loin pas l'envergure dont jouissait Larry Summers sous l'administration Clinton. Certains le voient d'ailleurs bientôt quitter son poste, malgré le rôle actif qu'il a pu tenir dans la campagne présidentielle.

Le chef économiste de la Maison-Blanche, Gregory Mankiw, pourrait-il reprendre le porte-voix? Sa prise de position en faveur des délocalisations, en plein débat électoral, n'a guère fait de lui un grand communicateur. Il serait lui aussi sur le départ.

Le Président Bush a pourtant besoin d'un solide pilote pour sa devise, même à la baisse. Parce ce que si la dépréciation du dollar vire en chute brutale, l'économie américaine pourrait durement en subir les conséquences.