Rien ne sera plus jamais comme avant pour la maison André & Cie. Le négociant et armateur vaudois s'apprête à entamer un des chapitres les plus douloureux de son histoire. Si les pères fondateurs avaient fait d'une petite épicerie de Nyon un des groupes de trading les plus importants dans le monde aux côtés de géants comme l'américain Cargill, leurs descendants se préparent peut-être à passer la main.

Le tout nouveau directeur général a pris les problèmes de la société à bras-le-corps et décidé de rendre publiques ses difficultés. Seule une personne extérieure à la maison pouvait mener une telle restructuration. Commence maintenant un long travail, qui consistera à laisser passer l'air du changement dans un groupe dont l'autisme des dirigeants a précipité la chute. Réduire de 50% les coûts de André & Cie, cela veut dire que Friedrich Sauerländer s'apprête en fait à couper en deux un mastodonte alourdi par des structures, des habitudes qui ne correspondent plus au monde des affaires du XXIe siècle. Encore faudra-t-il que Friedrich Sauerländer puisse mener à terme son projet. Lors de la conférence de presse de vendredi, un cadre qui correspond à l'ancienne époque du groupe ne cessait d'intervenir et de reprendre le tout nouveau CEO, tout à son discours de franchise. Un signe infime, mais qui montre bien que la culture du changement aura du mal à passer.

Surtout, il faudra que les banques acceptent le plan de restructuration. A Lausanne, personne ne table sur un scénario aussi pessimiste qu'un lâchage par les établissements financiers. Par contre, on se rappelle qu'une autre société vaudoise – aussi secrète qu'internationale et dont les errements de la direction familiale avaient failli lui coûter la faillite – fut finalement reprise par sa principale banque créancière. Sicpa, le leader mondial des encres fiduciaires, a depuis remonté la pente. La famille André, dont Friedrich Sauerländer dit qu'elle pourrait envisager de perdre le contrôle de la majorité du capital, réfléchit peut-être déjà à une autre porte de sortie.