Google a magnétisé les Américains. Emmi devrait fasciner les Suisses. Plus qu'une entrée en Bourse, voici un symbole historique. Des producteurs de lait dont les notions d'économie gravitaient il y a quinze ans autour des subventions fédérales se lancent crânement à l'assaut des marchés européens. Entre deux, la politique agricole a changé de cap, Swiss Dairy Food a sombré, le secteur a serré les dents. Aujourd'hui, il n'a plus vraiment le choix: exporter ou végéter.

L'aventure est loin d'être gagnée. La concurrence n'a pas attendu Emmi dans un marché «mûr». Dépendante de l'emmental, la société basée à Lucerne ne doit guère compter sur une AOC pour mieux vendre ce fromage. Enfin, sa transparence peut être améliorée. Mais quel agréable défi! Vendre de bonnes spécialités laitières suisses hors des frontières ne devrait pas être hors de portée d'un groupe innovant, imaginatif et bien géré.

Quand, en 1993, les dirigeants d'Emmi affichèrent leur ambition de devenir leader suisse, le marché avait à peine haussé les sourcils. Dix ans plus tard, cet objectif est atteint. Pourquoi pas le suivant?