Elisabeth Salina Amorini est peut-être la seule administratrice de Suisse qui a fait d'un seul mandat d'administrateur son job à plein temps. Pourtant, elle pourrait bientôt être révoquée d'un conseil qu'elle a rejoint il y a vingt ans. Ce contre-exemple parfait et rare dans le capitalisme helvétique mérite une certaine attention. Alors que l'on fustige les administrateurs qui font leur courrier pendant les séances des conseils dans lesquels ils siègent, on veut exclure celui qui pose des questions, s'inquiète de la stratégie, demande des comptes puisque, en cas de problème, c'est sa responsabilité qui sera mise en cause. Pour paraphraser un ancien ministre français, le cas de Madame Salina montre que quand on est administrateur en Suisse «on ferme sa gueule ou on démissionne».

Mais rien n'est noir ou blanc. L'incompréhension, pour ne pas dire plus, entre les différents camps qui s'opposaient au sein de la multinationale genevoise a fait durer le mélodrame jusqu'à l'excès. La solution aurait pu venir d'une démission en bloc des membres du conseil, comme l'a proposé la petite-fille du fondateur de la SGS. Mais cela n'arrive que lorsque la société se trouve au bord du gouffre et non pas quand un bloc d'actionnaires tente de prendre l'ascendant sur un autre. Les deux demandes en justice déposées par l'ancienne présidente pour faire valoir son droit à l'information pourraient avoir causé sa perte, puisqu'elles ont eu pour effet de démontrer, s'il y en avait besoin, qu'une paix des braves n'était plus possible.

Le futur de la compagnie pourrait bientôt avoir un visage. La SGS a annoncé hier qu'un nouvel administrateur serait nommé à la prochaine assemblée afin de repourvoir un siège laissé vacant depuis 1999. Il arrivera en même temps que les deux représentants de Worms & Cie. Son profil en dira long sur la manière dont les grands actionnaires de la SGS peuvent trouver un terrain d'entente.

Il faudra attentivement observer cette élection pour une autre raison. Le mandat du président, Max Amstutz, arrivant à échéance l'an prochain, cet homme pourrait bien être son

successeur.